Du ciment et de la culture

Du ciment et de la culture

Le samedi, ici, c’est travaux ! Bon, sauf quand il pleut trop ou quand on s’offre un petit week-end prolongé… mais globalement, c’est travaux. On se lève tôt, le papa bosse comme un forçat, les enfants mettent leurs vêtements les plus moches/usés/trop petits (parfois les 3 !) et courent partout ou se gaufrent méchamment à vélo, tandis que j’en profite pour bouquiner ou faire des choses aussi passionnantes que fabriquer de la lessive maison. Il arrive aussi que j’attrape le ou les enfant.s qui veut/veulent bien me suivre pour aller faire un tour en forêt ou un jeu de société.

Parfois, on s’offre des samedis culturels et c’est tout aussi chouette. Ce n’est certes pas très sympa pour celui qui reste à la maison pour dé-tuiler un toit ou empiler des parpaings, mais les travaux vont durer bien trop longtemps pour qu’on s’empêche d’en profiter.

Il y a quelques semaines, on a découvert La Fabuloserie (c’est dans l’Yonne), une maison-musée atypique, colorée, vivante, étrange et fantasque. Y sont exposées des œuvres toutes plus originales les unes que les autres, appartenant toutes à ce qu’on appelle l’art brut (pour faire court, des œuvres réalisées par des artistes n’ayant pas reçu de formation particulière). C’est très amusant à visiter. Le plus surprenant est certainement le fait qu’aucune oeuvre ne laisse indifférent, peu importe qu’on la trouve agréable à regarder ou dérangeante.
L’extérieur mérite presque autant le détour que les collections de l’intérieur. Le jardin abrite notamment une installation formidable : le Manège de Petit Pierre. C’est assez difficile à décrire. Je vais essayer de simplifier en écrivant qu’il s’agit d’une énorme création mécanique, faite de récup’, de bric et de broc, mise en mouvement par un système particulièrement ingénieux. Surtout, c’est l’oeuvre de toute une vie d’un garçon vacher qu’on pensait simplet et qui s’est révélé génial. C’est poétique, drôle, énorme, complexe et naïf à la fois. On a tous adoré, on aimerait tous avoir le même dans nos jardins, on a tous été charmés par Petit Pierre et on s’est offert plein de bouquins pour avoir un petit bout de son histoire à la maison.

Photo : Jean-François Hamon

C’était d’autant plus sympa qu’on a passé la journée avec une copine et ses enfants dont le papa était lui aussi de corvée travaux (activité particulièrement répandue à la campagne, les travaux dans les vieilles maisons…). La vie étant bien faite, en plus d’avoir des enfants qui s’entendent bien, les nôtres sont quasiment des mêmes millésimes. Le binôme des 9-10 ans cohabite ainsi avec celui des 7 ans, pas toujours de manière très pacifique, certes, mais au moins personne n’est exclu. Installés tous les quatre dans une grande voiture, ces marmots sont par ailleurs capables de produire une énergie sonore assez impressionnante. Il faudrait voir à en faire quelque chose !

Le week-end dernier, nous avons une nouvelle fois constaté que la culture n’avait pas encore abandonné la campagne et qu’avec une bonne dose de volonté et d’énergie, de jolis projets peuvent se développer. Profitant d’un rayon de soleil inespéré, j’ai emmené les enfants aux Petites Rêveries, un festival super chouette qui a lieu tous les ans dans un tout petit village à côté de chez nous.

La programmation est vraiment sympa. L’après-midi, il y a plein de petits spectacles de 15 à 30 minutes, dans un joli cadre bucolique. Il y a toujours de chouettes compagnies et de très bons artistes. Chanson, théâtre, mime, cirque (avec des poules, même, cette année !), spectacle équestre, en quelques heures on arrive à voir plein de représentations. Il y a quelques années on avait même assisté à un super concert de Frédéric Fromet.

Le côté vraiment chouette de ce festival, c’est aussi qu’il est très « local » (beaucoup d’habitants s’investissent et deviennent bénévoles), tout en attirant aussi du public qui vient parfois de loin. Ça fait du bien de voir des profils très différents.
Evidemment, on y a retrouvé plein de têtes connues, de personnes que l’on croise dans tous les événements culturels du coin, dans un rayon approximatif de 50 km. Avec les enfants, on en arrive même à faire des paris sur qui on va rencontrer. On a inventé un jeu, ça s’appelle « Où est Charlie la bibliothécaire? ». Samedi je crois que c’est Poussin qui a gagné !

Un petit lien vers un article qui résume tout bien: https://www.lejdc.fr/brinon-sur-beuvron-58420/

C’est sûr, c’est un peu dommage que le papa ne puisse pas toujours venir avec nous le samedi, mais c’est comme ça. En rentrant, il nous montre l’avancée des travaux et on s’extasie tous ensemble. Nous, on lui raconte notre journée. Et puis on se dit qu’on a de la chance, quand même, de pouvoir faire tout ça.
Samedi prochain on va essayer d’aller tous ensemble écouter de la musique et boire quelques verres, après la journée de chantier. Il faudra convaincre le papa de ne pas trop penser à sa fatigue et à ses courbatures !

Mode (et) Travaux

Mode (et) Travaux

Permis de construire accordé, panneau de chantier installé, premiers parpaings posés : c’est parti pour quelques mois de travaux !

C’est tout juste visible, mais dans nos têtes ça fait un moment que tout se met doucement en place. Les premières ébauches au crayon sur un bloc-notes, les premières modélisations sur l’ordinateur, les hésitations quant à l’essence de bois du futur parquet, les 256 heures passées à regarder des rampes d’escalier en fer forgé pour s’en inspirer…

C’est important la signalétique !

Il se peut que des tensions apparaissent au fil du chantier, mais pour le moment tout est sous contrôle. J’attends encore un peu pour me plaindre que ça ne va pas assez vite, que mon mari perd du temps à être trop minutieux, ce à quoi il me répondra que j’ai la manie de tout bâcler… on se connaît tellement bien, c’est beau !

Par chance, les travaux portent sur des parties de la maison que nous n’habitons pas encore. Concrètement, il s’agit de convertir un grenier en chambres et en salle de bain, et d’agrandir un petit peu la maison pour y installer un escalier. L’impact sur notre quotidien restera donc assez limité et on n’aura pas à vivre dans une sorte de camping-chantier avec du bazar partout. Normalement.

Si pour le moment, donc, l’intérieur de la maison ne ressemble pas trop à un champ de bataille, nous sommes toutefois passés en mode travaux. Le week-end, les hostilités commencent à l’aube (Belette se plaint déjà du bruit de la bétonnière qui l’empêche de bouquiner tranquillement au lit le samedi matin !) et il faut s’adapter aux impératifs ouvriers, par exemple avec les repas qui se prennent désormais à heure fixe et en quatrième vitesse.

En plus de cette gestion à l’ancienne (Caroline Ingalls fait cuire les patates pendant que Charles cloue la charpente…), j’essaie de prendre le relais sur la gestion du potager. Sachant que le jardinage est loin d’être mon domaine de prédilection. Je n’ai absolument pas la main verte (l’année dernière j’ai réussi à flinguer un pied de concombre en coupant la mauvaise tige…), mais pour l’instant les semis se portent bien et les plans de fraises ont été parfaitement désherbés. Je reste confiante pour la suite.

Les plus heureux dans cette histoire, je crois que ce sont les enfants. En plus de récupérer un étage rien que pour eux, ils gagnent déjà beaucoup de liberté pendant cette première phase de travaux. Ils passent leur temps à jouer et à gambader autour de la maison qui se transforme sous leurs yeux.

Ce pré n’est pas à nous… et les enfants s’en moquent complètement !

Ils aiment observer l’avancée du chantier. Ils ont adoré voir le camion de livraison déposer les palettes de matériel derrière la maison. Youpi, il revient vendredi ! Ils ont été un peu frustrés de ne pas être là pendant que la pelleteuse creusait les futures fondations de la petite extension (Poussin a crié à l’injustice, parce qu’au départ le monsieur devait venir le samedi mais que finalement il est venu un jeudi… et qu’on ne loupe pas une matinée d’école pour cause de spectacle de pelleteuse ! ). Ils aiment aussi servir d’assistants pour éteindre la bétonnière, passer un outil (je n’étais pas là, mais il paraît que Belette a fait une tête bizarre quand le maçon lui a demandé de lui passer le « pied-de-biche »), ou tout simplement s’émerveiller à chaque évolution notable.

Belette est d’ailleurs fascinée par les parpaings, elle trouve ça trop joli… Personnellement je trouve que pour l’instant on dirait un local à poubelles. Mais heureusement, il paraît qu’avec un joli enduit ça ira beaucoup mieux.

Depuis c’est encore plus haut mais il pleut trop pour prendre des photos…

À passer leur vie dehors, les enfants ont agrandi leur territoire, leur terrain de jeux.
Quand ils se lassent de jouer aux apprentis maçons, ils font des tours de hameau à vélo, vont voir les moutons, font la conversation au cheval d’en face, se promènent et disent bonjour aux voisins. Des petites choses qu’ils n’auraient pas osé faire seuls il y a encore quelques mois. Tout en douceur, ils font connaissance avec la liberté. C’est bien. Sauf quand ils jouent à cache-cache dans tout le hameau et qu’au moment de passer à table la petite sœur ne trouve plus son grand frère…

Ici ou là

Ici ou là

Il m’arrive d’avoir des discussions passionnantes. Si, si. Ainsi, il y a quelques semaines, lors d’un échange de mails avec un ami, j’ai plaisanté en écrivant qu’au bout de 6 ans de vie bourguignonne, j’avais désormais une double culture. Finalement, à bien y réfléchir, je crois plutôt que je ne me sens ni parisienne, ni nivernaise.

Enfant, il me semble que mon identité était liée à l’endroit où je vivais, même si je n’y avais pas forcément de racines très ancrées. C’était comme ça, il n’y avait pas de question à se poser. J’étais presque parisienne (essonnienne ça fait décidément trop moche !) parce que j’habitais là, comme mes parents et mes grands-parents, peu importe leur région ou leur pays de naissance. Selon toute logique, c’est cet endroit, la ville où j’ai le plus longtemps habité, là où je suis allée à l’école, où j’ai grandi, où j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari, qui devrait me servir de référence. Mais non. Je ne m’y sens plus chez moi.

Peut-être parce que j’ai voulu quitter cette petite ville très tôt, dès que j’ai été capable d’avoir envie de vivre ailleurs. Ce n’était pas affreux, je n’en garde pas des souvenirs horribles, c’était même moins pire que ce que les reportages télé sur les banlieues craignos essaient de montrer… Disons plutôt qu’à 15 ans on aspire à autre chose. Et vingt ans plus tard, les barres de hlm et la ligne D du RER ne me font toujours pas rêver !

Pour notre premier appart’ à deux, nous avons choisi une banlieue moins moche, dans un autre département, avec moins de RER à prendre pour aller étudier ou travailler, des rues sans gros immeubles en béton, des vrais magasins (et pas juste un centre commercial en béton moche…). C’était chouette mais ce n’est jamais vraiment devenu « notre » ville, certainement parce que nous n’y sommes pas restés assez longtemps pour nous l’approprier.

Finalement, aujourd’hui, pour notre petite famille, le lieu qui renvoie le plus à un sentiment de racines, celui qui nous fait un petit truc dans le ventre quand on voit son nom écrit sur un panneau routier (avec une envie de le pointer le doigt en couinant « mai-sonnn »), c’est Nantes. Une ville où nous avons vécu à peine 4 ans, où nous n’avons ni famille ni amis, mais qui représente une part importante de notre histoire.

C’est là-bas que nous avons choisi de devenir une famille, de nous séparer de nos familles respectives, symboliquement et géographiquement, pour mieux fonder la nôtre. Le hasard a d’ailleurs voulu que nous habitions rue Racine, certes en référence au dramaturge, mais quand même, le double sens est amusant.

Dans la série « psychologie et littérature », j’ai d’ailleurs un exemple assez parlant. Dans un passage de Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez, le personnage de la mère ne veut pas quitter le village où la famille s’est installée parce que c’est là que son premier enfant est né. Elle s’oppose à son mari dont le point de vue est tout autre, puisqu’il déclare : « Nous n’avons pas encore eu de mort. On n’est de nulle part tant qu’on n’a pas un mort dessous la terre ». En fin de compte les deux arguments se valent. Il est seulement question de savoir de quel côté de la vie on se place, au début ou à la fin ! Evidemment, le point de vue de la mère est chargé de sens.

Il me semble également que les enfants se sentent un peu nantais. C’est évident pour Poussin, qui ne se sent absolument pas « d’ici » (en même temps, ce gamin cultive un certain goût pour la différence… chaque prétexte étant bon pour ne pas être « comme les autres », il se réjouit de toute particularité le concernant !). Je me demande ce qu’il en retiendra, plus tard. Il gardera peut-être quelques expressions d’ici, même si pour le moment il aime se moquer des petites particularités linguistiques du coin (et je suis bonne joueuse, à lui expliquer que si certaines sont incorrectes grammaticalement, ça ne veut pas dire que les gens ne savent pas bien parler, qu’à l’oral notre langue est souple, qu’il faut être un peu plus tolérant… même si parfois moi aussi j’ai les oreilles qui saignent !) Que répondra-t-il, Poussin, lorsqu’on lui demandera d’où il vient ? D’une autre planète, c’est sûr, mais plutôt du côté de la terre, ou du côté de la mer ?

Il y a trois ans, nous avons plus ou moins évoqué l’idée de retourner vivre dans la région nantaise, avant de réaliser que nous étions trop attachés à notre maison et à notre petit coin de campagne. Un soir d’été, en profitant d’un dernier petit café dans le jardin, vue plongeante sur les champs et la forêt, nous avons réalisé que tout ça nous manquerait trop. L’appel de l’océan aura été moins fort que le brame du cerf !

Je ne me sens toujours pas « d’ici », mais je m’y sens bien. C’est ici que j’ai mes repères, des amis, des gens dont la tête me dit quelque chose même si je n’arrive pas à mettre un nom dessus, des habitudes, des projets…
Peut-être qu’un jour on partira, peut-être pas. Peut-être que nos enfants n’auront pas de racines, seulement des ailes, et que ce sera suffisant pour qu’ils se sentent libres d’aller où il leur plaira.

Touche pas à mon école !

Touche pas à mon école !

La semaine a été difficile, fatigante, stressante.

Sur les deux classes que compte notre école, une risque de fermer. Une école avec une seule classe, ça ferait peu. Je vous épargne les conséquences démographiques, économiques, écologiques, pédagogiques, sentimentales que cela aurait pour la commune et pour les enfants.

En une semaine, on a donc mis en oeuvre tout ce qu’on a pu. Nous toutes et nous tous, ou presque. C’était chouette de voir à quel point l’école compte pour les gens d’ici. Les gens du village étaient là, mais aussi ceux des villages d’à côté. Les gens qui habitent ici depuis dix générations, les néo-ruraux, les retraités originaires du pays et les anciens parisiens, les étrangers venus passer une retraite paisible à la campagne.

C’était chouette de voir que dès la première impulsion,  à partir du moment où la première action a été lancée, chacun s’est emparé du sujet, selon ses compétences et ses disponibilités. La pétition préparée dans l’urgence a très bien circulé, dans plein d’endroits différents, notamment grâce à nos spécialistes locaux du porte à porte ! Les banderoles se sont elles aussi déployées à une vitesse impressionnante ! Celles qui ont un peu souffert du vent ont été remises en place sur le champ. Des affiches ont été placardées partout, de nouvelles sont apparues grâce à des petites mains super efficaces. Les réseaux sociaux ont bien fonctionné, le bouche à oreille aussi.

Bien sûr, tous n’ont pas joué le jeu comme on l’aurait espéré. Bien sûr il y a eu quelques déceptions. Parfois des grosses. C’est comme ça. Il y a eu aussi tellement de bonnes surprises que ça compense presque !

Il y a des gens que je pensais appréciables et qui ne le sont pas.

Il y a des gens dont je ne me sentais pas spécialement proche et avec lesquels j’arrive désormais à me découvrir des affinités. Des liens se créent et c’est positif.

Cette semaine on n’a pas beaucoup dormi, d’ailleurs ça commence à se voir sévèrement.
Sachez toutefois que dans la nuit de mardi à mercredi, sur trois heures de sommeil (en fractionné, sinon c’est pas drôle !) j’ai réussi à rêver d’un chien robot extra-terrestre qui a fini par s’autodétruire. Oui… Et non, je ne prends pas de LSD. Fin de la parenthèse.

Il y a eu des larmes de fatigue, des larmes de soulagement, des larmes de déception, des larmes de colère… mais aussi des éclats de rire, des blagues pas drôles, du second degré pour se sentir mieux. Quelques ragots, évidemment, sinon quel serait l’intérêt d’habiter dans un petit village ?!

Il y a eu beaucoup de café, des plats qui ont refroidi parce que les téléphones sonnent toujours quand on est à table (c’est une règle universelle), des tonnes de trucs remis à plus tard.

J’ai dit beaucoup trop de gros mots, j’ai été irritable, maladroite et étourdie. Tant pis. J’ai fait comme les autres, j’ai fait ce que j’ai pu. Au final, à nous tous on a été plutôt efficaces. Rien n’est encore joué mais l’espoir est là. On a pétitionné, argumenté, on s’est rassemblés devant l’école. La semaine prochaine on essaiera le rassemblement façon manif, on fera du bruit, on montrera qu’on est là, on boira encore trop de café, on restera confiants et on envisagera l’avenir.

On tiendra le rythme, malgré la fatigue et le stress. On montrera qu’on est là et qu’il n’est pas question de baisser les bras.

Si toutefois vous avez envie de nous envoyer vos bonnes ondes et votre soutien, on prend !
Si vous avez des enfants en âge d’aller à l’école et envie de vous installer dans un village super chouette, dans un environnement super agréable, avec une super école, venez nous voir ! Nous avons de la place, des logements pour vous accueillir, du café pas trop mauvais (plusieurs tests ont été réalisés, vous pouvez nous faire confiance) et si vraiment vous insistez on peut aussi faire des cookies !

MàJ du 04 mars : J’édite, avec un peu de retard, pour revenir avec une bonne nouvelle. Notre classe est sauvée ! Certes, nous ne gagnons qu’un an de tranquillité, certes, à terme c’est toute l’école qui sera fermée si les effectifs ne remontent pas, certes, les évolutions concernant les petites écoles rurales ne sont pas très optimistes… n’empêche que sur le moment, à notre petit niveau, c’est un grand soulagement !