Archives mensuelles : avril 2013

Ce temps où je n’écris pas

Ce temps où je n’écris pas

Cela fait des jours que j’ai envie d’écrire, que je me dis « allez, dès que j’ai un moment je m’y mets », et puis finalement le temps passe sans que je n’écrive de nouvel article. Il y a toujours un truc qui vient se greffer à mon emploi du temps : une occupation qui ne peut pas attendre, une distraction qui prend le dessus, une sieste d’enfant qui se termine trop tôt, la soirée qui avance et mes yeux qui se ferment…

A défaut d’écrire un vrai billet avec un vrai sujet, un vrai développement et encore plein d’autres vrais trucs dedans, je vais juste vous parler de ce qui m’occupe en ce moment. De tout ce qui fait notre petite vie en ce début du mois d’avril, ce qui me vole mon temps libre ou au contraire ce qui l’embelli et le rend encore plus fugace.

Il y a le jardin dont nous commençons à profiter un peu plus. Le potager en carré que Papa-des-Champs a construit et dont j’ai ratissé la terre, et que nous espérons voir bientôt rempli de bons légumes. Les petites graines que nous plantons avec Poussin, qui grandissent de jour en jour dans leurs pots de yaourt et que nous transférerons ensuite dans le potager. Courgettes, tomates, concombre, basilic, potiron… Et puis ces vieilles auges en pierre qui bordent notre allée, et dans lesquelles je veux voir de jolies fleurs. Enlever la vieille terre, gratter, remplir de terre un peu mieux. Hier nous y avons installé quelques primevères des bois, ramassées dimanche dans la forêt. Juste avant un orage de grêle… mais apparemment elle tiennent plutôt bien ! Samedi nous avons prévu une sortie à la jardinerie, pour trouver (enfin surtout acheter !) d’autres fleurs. Ca risque de prendre du temps, puisque je suis hyper difficile en fleurs ! Non, pas chiante, difficile, c’est totalement différent !

Il y a aussi ces sorties avec les enfants. Une balade en forêt, un petit coup de draisienne entre deux averses, le passage à la jardinerie qui sera aussi l’occasion d’aller voir le rayon des animaux (et où il faudra empêcher Papa-des-Champs de craquer sur un cochon d’Inde !!!). Les jeux dans le jardin, où Poussin adore traîner sa nouvelle brouette de Pâques, la remplir de terre, la vider, la remplir de cailloux… le petit camion de Belette qu’elle n’arrive pas encore à faire rouler mais où elle aime être juchée, la vieille cuisinière en plastique trouvée au grenier à laquelle j’ai redonné un bon coup de frais, et qui sert maintenant de cuisine d’été aux enfants. Et puis les pelles, les râteaux, les balles ou les seaux, bien sûr.

Il y a le travail, qui occupe encore pas mal mes soirées et mes siestes. Qui fait pourtant office de bonne bouffée d’air frais, en me détachant un peu du quotidien, des courses et du ménage.

Il y a Victor Hugo, qui s’incruste dans mes fins de soirées avec Notre-Dame de Paris (qui faisait partie des livres que j’avais un peu honte de n’avoir jamais lus, quand même !). Son style, sa force, ses mots qui me fascinent. Sa vision du monde, son génie, sa façon de faire se côtoyer le sublime et le grotesque.

Il y a ces deux petites tables de nuit, chinées dans un vide-grenier pour une bouchée de pain, et qui attendent d’être retapées. Les poncer et les repeindre,mais  en quelle couleur là est toute la question ! Une pour la chambre de Poussin, qui trépigne à l’idée d’avoir une table de nuit de grand et qui nous a déjà énuméré tout ce qu’il y rangera. L’autre pour la chambre de Belette, qui s’en fiche pour l’instant mais qui sera ravie de pouvoir en ouvrir la porte et y planquer mille trésors.

Il y a ce bois, là, dehors, au beau milieu du jardin. Trente stères de bois livrées la semaine dernières, de quoi nous chauffer pendant deux hivers. Ben c’est bien beau mais il faut les ranger. Aider Papa-des-Champs à construire un mur de bois, une activité merveilleuse pour occuper nos soirées et passer toujours plus de temps en amoureux ! Grand prince, il m’a même offert de magnifiques gants de travaux en cuir, pour que je ne bousille pas mes petites mains fragiles !

Il y a aussi ce temps passé à ne rien faire ou presque. Discuter un peu après avoir rangé le bois, prendre un thé (un rooibos pour être précise, c’est sans théine et bien meilleur q’une tisane) avant d’aller se coucher, lire des merdouilles sur le net, lire des choses intéressantes sur le net, écouter la radio d’une oreille plus ou moins distraite, paresser…

Le tracteur est venu 5 fois, rempli tout pareil...

Le tracteur est venu 5 fois, rempli tout pareil…

Y'a plus qu'à ranger...

Y’a plus qu’à ranger…

 

Dis bonjour à la dame…

Dis bonjour à la dame…

Parfois la logique de mon Poussin m’interpelle, tellement elle est éloignée de la nôtre. Notamment quand il s’agit de ses rapports sociaux et de sa timidité toute relative.

Dès sa naissance, notre Poussin a de loin préféré les bras rassurants et chaleureux de ses parents à ceux des autres. Rien d’anormal pour un bébé, disons seulement qu’il y a des tout-petits plus à l’aise avec des inconnus, ou en tout cas des personnes pas très familières. Lui était du style à refuser de manger sa compote devant les invités, puis à coller sa frimousse contre les jambes de Maman si une voisine lui posait une question. Ah, on me chuchote à l’oreille qu’il le fait encore ça, il n’y a pas une semaine il jouait encore à cache-cache derrière mes jambes sans piper mot alors que la voisine lui parlait gentiment… Il met maintenant beaucoup de malice à jouer à ce petit jeu, mais on sent bien qu’au fond, il y a quand même une bonne part de « j’aime pas trop quand je connais pas ». Après un petit temps d’adaptation tout va bien et il peut être hyper bavard, mais d’emblée il est plutôt sur la défensive. Autre exemple, il y a quelques mois nous nous apprêtions à recevoir des amies à la maison, et quelques jours avant nous en parlons donc à Poussin. Ben sa première réaction a été de se braquer. A grand coup de « je veux pas que les invitées mangent avec nous »… Sa méfiance s’est vite transformée en impatience après quelques explications (parlez-lui de crêpes et de bébé dans le ventre, et ce gosse devient tout de suite plus facile !) et finalement le week-end s’est très bien passé, il a été parfaitement sociable et à l’aise. Mais voilà, il faut que sa première réaction soit le refus. Comme pour monter sur le fauteuil du coiffeur, pour jouer avec sa cousine ou pour rester à la cantine…

Je ne suis pas hyper exigeante avec lui, je sais qu’il a trois ans et que le forcer ne rime à rien. On essaye surtout de lui inculquer un brin de politesse, qu’il dise au moins bonjour/merci/svp/au-revoir. Tant pis s’il refuse les bisous, s’il n’est pas très copain avec le téléphone quand il s’agit de répondre à son arrière-grand-mère, ou s’il lui faut un temps d’adaptation avant de jouer avec un enfant qu’il n’a jamais vu. Petit à petit on lui apprend à gérer les impératifs sociaux (la coiffeuse te donne un bonbon tu lui dis merci…) tout en respectant son caractère et son besoin de temps. Même si j’avoue que c’est parfois un peu pénible de devoir toujours TOUT anticiper, en lui expliquant avant lorsqu’on risque de croiser des gens qu’il ne connait pas trop, en le prévenant qu’il va voir untel et bidule et que ce serait bien de leur dire bonjour au lieu de faire sa tête de mule, toussa toussa… Même pour le déguisement du carnaval, nous l’avons préparé doucement à l’idée d’enfiler un sac poubelle coloré et une couronne en carton, puisque le connaissant ce n’était pas gagné ! Le jour J il a quand même grogné un peu au moment de mettre le déguisement, heureusement nous étions un peu en retard et il a tout de suite fallu rejoindre ses copains, dans le feu de l’action il n’a pas eu le temps de faire entendre sa voix :-)

D’autant que, comme je le disais en intro, la logique poussinale est plutôt spéciale ! Parce que s’il fait souvent le gros timide avec des gens avenants qu’on lui présente comme super sympa, il lui arrive aussi de devenir super pote avec des gens moins… proches, on va dire. Il a ses têtes. Bizarrement, il lui a fallut un temps d’approche et d’observation plus long avec sa cousine (blondinette adorable de 4 ans et demi) qu’avec les ouvriers de Papi cet été, avec qui il insistait pour boire des apéros (en fait il taxait un verre d’eau et s’installait à côté d’eux, qui carburaient à la bière…). Il a fallut lui parler longtemps de Lily et Juliette pour qu’il accepte de manger des crêpes avec elles, mais à côté de ça il raconte sans problème sa vie au boulanger qui nous livre le pain. Il se cache derrière moi pour ne pas répondre à la voisine (celle qui a un poney, en plus !) mais galope au-devant du type qui nous apporte le bois, alors qu’à côté de lui des ogres paraîtraient mignons… Dans les magasins c’est pareil, son comportement peut changer du tout au tout. Il jacte avec certains commerçants et reste muet avec d’autres. Bon, en plus il y a même certains magasins qui le rendent juste chiant. Ou en plus de ne pas vouloir dire bonjour ou merci, il tripote tout et fait l’andouille… Dernièrement, son père l’a carrément menacé de le bannir de la Biocoop tellement il y était insupportable… A Nantes, c’était à la pharmacie qu’il était particulièrement lourd, si bien que j’essayais toujours d’y passer quand il n’était pas avec moi !

Nous avons donc affaire à un Poussin un peu timide mais également terriblement coquin et absolument malicieux ! Un petit garçon qui se jette dans les bras de son atsem le matin à l’école mais qui refuse de lui dire bonjour s’il la croise au détour d’un chemin de campagne le dimanche ; qui snobe des « grandes filles » de l’école quand il est avec nous mais qui accepte de bon coeur leurs bisous dès que nous avons le dos tourné… Notre Poussin étant en prime doté d’une sensibilité exacerbée, il n’est pas toujours facile de savoir comment répondre à ses originalités. Pas facile de savoir ce qui relève de la pure coquinerie, du gamin qui teste, ou d’un poussin à fleur de peau qui réagit comme il peut face à une situation qu’il a du mal à gérer ! Pas facile de savoir s’il vaut mieux forcer un peu, être intransigeant avec les règles de base, ou laisser couler pour ne pas le braquer et parce qu’il n’est pas si grand. En tant que parent, il y a aussi des jours où notre patience et notre empathie ne sont pas forcément au top. Des jours où j’ai envie de câliner mon petit sensible en lui disant qu’il a bien le temps, et d’autres où j’ai envie de lui hurler que putain il pourrait dire bonjour. Parce qu’il faut être honnête, le regard des autres joue pas mal dans ces moments-là, et que ce n’est pas franchement agréable de se traîner un gnome impoli. Même s’il a encore l’excuse de l’âge et que sa bouille de coquin rattrape souvent le coup, c’est tout de même pénible. Expliquer que ah ah, il fait son timide, mais Poussin sois poli dis bonjour à la dame… en étant assez ferme pour ne pas passer pour la mère je m’en foutiste, ni pour l’hystérique qui se fâche pour exiger un mot d’un bambin de 3 ans. Même si on se fout du regard des autres et qu’on essaye de vivre selon nos propres valeurs, c’est toujours un peu dur de s’en défaire.

Surtout qu’en ce moment, il faut aussi expliquer aux gens que si sa soeur hurle, c’est parce qu’elle ne supporte plus ni poussette ni écharpe… qu’elle voudrait nous suivre à 4 pattes mais que dans la rue c’est compliqué ! Mes enfants sont un peu des boulets, si si :-D