Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée

Il y a des livres qui marquent plus que d’autres et dont on se souvient longtemps. Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée fut pour moi l’un de ceux-là. Il y a presque 14 ans il m’a bouleversée. Et si je peux dater si précisément le moment où je l’ai lu c’est parce qu’il correspond exactement au début de mon histoire avec Papa-des-Champs. Il a donc forcément une petite valeur symbolique supplémentaire :-)

Le récit de cette adolescente berlinoise qui commence par fumer quelques joints, tombe dans l’héroïne, se prostitue pour payer sa came, et enchaîne les sevrages pour rechuter immédiatement, je l’avais trouvé génial autant qu’il était effrayant. Si je l’ai relu la semaine dernière, c’est parce que la « suite » sort en librairie cette semaine (aujourd’hui en VF il me semble) et que je vais bien évidemment me jeter dessus ! (l’article du Monde, qui spoile un peu les grandes lignes) Je pense que j’en ferai un retour par ici, mais en attendant j’avais envie de parler du 1er opus.

Christiane F13 ans

Pour ceux qui ne l’ont pas lu ou ceux qui ne s’en souviennent plus, le livre a été écrit suite à une longue interview de la jeune Christiane. Elle devait initialement participer à une enquête sur les jeunes SDF, et son histoire était tellement fascinante que les 2 journalistes chargés de l’interroger en ont fait un livre. On y suit l’histoire de Christiane dont la famille s’installe dans une cité berlinoise alors qu’elle est encore enfant. On découvre des immeubles où les enfants sont très tôt livrés à eux-mêmes, dans un environnement difficile et une violence institutionnalisée. L’enfance de Christiane est également meurtrie par un père violent que sa femme finira par quitter. Une mère qui se sentira vite dépassée par l’éducation de ses filles et qui choisira de fuir ses difficultés avant de se laisser rattraper par la réalité. Dès le début de l’adolescence, Christiane fréquentera une sorte de maison de quartier où le haschisch, le LSD et autres psychotropes lui feront prendre l’habitude d’un état second et d’une fuite du réel. De fréquentations en expériences, elle deviendra dépendante à l’héroïne, verra plusieurs de ses amis en mourir, et  tombera dans la prostitution, comme tellement d’autres jeunes adolescents de cette époque. La descente aux enfers de Christiane est très rapide, je trouve d’ailleurs que c’est un des points les plus marquants du bouquin. On réalise qu’entre le premier shoot et la première passe tout va très vite et que le sordide ne laisse que peu de répit. A plusieurs reprises la jeune ado essaie de décrocher, et chaque fois on espère avec elle que c’en est enfin fini de toute cette merde. A chaque échec on est surpris de la voir retomber si vite dans le cercle infernal, et à 16 ans je m’étonnais réellement qu’elle n’aie pas plus de volonté. J’ai maintenant compris que cette dépendance était beaucoup plus complexe, et qu’en plus de la dimension physique il y a toute une dimension psychologique, sociale et environnementale à prendre en compte. Le livre s’achève cependant sur un très bel espoir. Christiane vit depuis plus d’un an loin de Berlin, dans sa famille, et semble reprendre une vie plus normale loin de l’univers héroïne-trottoir.

Bien sûr, ce qui marque en lisant ce roman, c’est l’horreur de la drogue.  Ce qui est terrifiant, c’est aussi de voir que Christiane se laisse si facilement avoir, alors qu’elle est une jeune fille intelligente, réfléchie, lucide. On pourrait tout à fait s’identifier. Au début d’ailleurs, j’avoue l’avoir trouvé super cool et avoir presque envié sa liberté. Parce que oui, moi à 16 ans m’imaginer écouter du David Bowie avec des jolis garçons à cheveux longs, perdus au milieu d’un nuage de fumée à refaire le monde, ça m’aurait bien tentée ! J’imagine que c’est aussi ce côté-là qui fait prendre conscience que tout peut basculer beaucoup trop vite, et qui fait donc réfléchir.

A 16 ans j’avais aussi été frappée par la liberté que sa mère accorde à Christiane. Alors que la mienne refusait de me laisser prendre le RER toute seule, j’avais été un peu abasourdie qu’à 12 ans Christiane puisse aller en boîte et ne jamais dormir chez elle le week-end… J’avais aussi un peu de mal à comprendre comment elle pouvait rentrer chez elle complètement défoncée sans éveiller le moindre soupçon. Ma maman à moi elle psychotait dès que j’avais mal à la tête ou que j’étais un peu pâle ! Ce qui ne m’a pas empêchée de faire quelques âneries, mais rien de bien méchant ;o) Même si on donne parfois très bien le change, dans le livre ça m’avait paru un peu gros. Avec le recul, je me dit que dans les années 70 c’était certainement différent, et que dans ce cas précis la mère de Christiane faisait une sorte de déni. Je conçois également que ce déni puisse arriver dans la vie d’une femme qui a mille autres choses à gérer et qui ne sait comment s’y prendre. Je ne suis mère que depuis peu de temps, avec des problématiques bien mignonnes par rapport à la toxicomanie des adolescents, mais je réalise que tout est plus simple à gérer quand on a une vie épanouie où tout va bien. Si parfois j’ai l’impression d’être à bout après une journée un peu dure,  j’imagine comme ça doit être difficile pour ces mères qui doivent aussi gérer des problèmes de boulot, des problèmes de chômage, des problèmes de couple, des problèmes de fric…

En lisant ce livre j’en veux presque plus à tout le reste de la société qui n’a pas su ou pas pu aider les gamins comme Christiane. Une école où tout est si impersonnel qu’à aucun moment quelqu’un ne remarque une fille de 13 ans perdue dans la came ! Des services sociaux dépassés, des centres de désintox gangrenés par des sectes… Je ne sais absolument pas si aujourd’hui on pourrait mieux aider ces adolescents tombés si bas, mais le contexte décrit dans le bouquin est déprimant.

Le tableau est bien noir et pourtant j’ai adoré ce livre. J’ai aimé espérer et trembler avec Christiane, même si quelquefois j’ai eu envie de lui crier qu’elle faisait fausse route. J’ai aimé voir les choses à travers elle pour comprendre que tout n’est pas si simple et que même si elle paraissait libre elle était finalement prisonnière de tout un ensemble de choses. J’ai lu l’article du Monde (cité plus haut) qui parle de ce qu’a été sa vie après la période racontée dans le livre, donc je sais un peu à quoi m’attendre, mais j’ai hâte de lire la suite de son histoire. Une histoire qui paraît tellement irréelle pour l’adolescente un peu rebelle que j’étais et l’adulte raisonnable que je suis devenue… qui a pourtant bien existé et qui se poursuit !

6 Responses »

  1. J’avais lu ce livre à 14 ans. Il m’avait choqué, je me souviens l’avoir lu plusieurs fois. J’y ai repensé, il y a quelques semaines, quand j’ai ramené mes livres qui étaient chez mes parents, chez moi. Il a trouvé sa place dans la bibliothèque malgès sa couverture déchirée. Je me dis que mes enfants aimeront peut être le lire à leur adolescence.

    J’ai vu une interview de Christianne il y a quelques jours. Ses nouvelles m’ont attristée. A la fin de son livre, on espère tellement que tout est derrière elle.

    J’attends ton retour du nouveau bouquin avec impatience.

  2. J’aurais bien aimé aussi que sa vie soit plus douce…

    Il fait effectivement partie des livres à transmettre à nos enfants, il a un petit côté universel même si l’ambiance 70’s est très présente.

  3. J’avais lu aussi et le livre m’avait marquée (même si j’en ai moins de souvenirs que toi). Faudra que je lise cette suite aussi…

  4. Huhu, moi aussi, j’avais adoré ce livre. J’avais dû le lire en seconde/première. J’avais beaucoup aimé mais j’avais préféré « l’Herbe bleue » dans le même genre.
    J’aimerais bien lire la suite également mais il faudrait probablement que je relise le « premier tome » avant et j’ai tellement de livres à découvrir :) et peu de temps…

    • J’avais lu « L’Herbe bleue » à la même époque, et à l’inverse j’avais préféré Christiane. Le côté berlinois a certainement joué, j’étais déjà dans mon trip Allemagne/Europe de l’Est ;o) Je me souviens moins bien de « l’Herbe bleue » du coup.

      J’imagine pour le temps qui manque ! Après la naissance du premier j’ai mis un bon moment avant de retrouver un rythme de lecture, et encore je ne bossais pas… En plus du temps j’avais beaucoup de mal à me concentrer, et ça me l’a fait aussi après le 2ème accouchement.

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