Moi, Christiane F., la vie malgré tout

Moi, Christiane F., la vie malgré tout

Pour faire suite à mon billet du 16 octobre concernant Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée voici un petit compte rendu de son deuxième livre, Moi, Christiane F, la vie malgré tout. Ce livre est né de plusieurs entretiens avec la journaliste Sonja Vukovic. Christiane, aujourd’hui âgée de 51 ans, nous raconte quelle a été sa vie depuis la sortie du premier livre en 1978 puis du film en 1980 , qui ont tous deux eu un succès considérable.

 

christianeFA travers ce récit riche en événements, parfois étonnants et souvent émouvants, on sent très vite que la notoriété et l’argent ont joué un rôle majeur dans le destin de Christiane. Elle-même en est consciente, sa vie aurait été entièrement différente sans le succès du livre, les rencontres qu’il a engendrées et l’argent qu’il a généré. Les retombées financières, que la jeune femme a toujours su placer correctement, lui permettent encore de vivre aujourd’hui sans autre source de revenu. Ca peut paraître très trivial à évoquer mais il est évident que le fait de ne pas avoir besoin de travailler pour vivre décemment est un élément capital et que son passé de « junkie star » a eu des répercutions sur son histoire.

Je ne vais pas ici détailler tout le chemin que Christiane a parcouru depuis son adolescence, essentiellement pour ne pas spoiler ceux qui souhaitent lire ce livre mais aussi parce que ce serait trop long. Plusieurs articles parus dans la presse ou sur le net ces derniers temps ont cependant divulgué quelques infos que je me permets de reprendre. D’une part, si dans le précédent bouquin nous quittions Christiane complètement sevrée de l’héroïne, je ne dévoile pas un énorme secret en écrivant qu’elle n’est pas toujours restée clean. Bien sûr elle n’a plus eu besoin de se prostituer et de vivre dans la rue, mais la drogue a parfois refait surface dans sa vie et elle a traversé des périodes difficiles. D’autre part, Christiane est aujourd’hui sous substitution et son état de santé est délicat. Elle souffre notamment d’une hépatite qui la rend fragile et provoque d’autres dérèglements. On est forcément déçus de voir qu’elle a « replongé » et qu’elle a connu un bon paquet de souffrances au cours des 35 dernières années. En même temps, cela nous permet de réaliser à quel point l’addiction aux drogues dures colle à la peau et comme il est difficile de s’en détacher. Christiane évoque également les raisons psychologiques qui peuvent « faciliter » une conduite addictive, et son exemple montre bien qu’une enfance difficile couplée à une toxicomanie commencée très jeune peuvent avoir des conséquences sur toute une vie.

En ce qui concerne le livre en lui-même, j’avoue avoir eu un peu de mal au début. Je dirais que pendant le premier tiers, j’ai eu l’impression d’un inventaire égocentrique des aventures de Christiane F. J’avais le sentiment de lire le récit d’une femme orgueilleuse qui aimait tirer la couverture à elle et nous en mettre plein les yeux en déballant ses rencontres avec des stars et en mettant en avant sa débrouillardise. Je crois aussi que j’étais en colère de la voir replonger… Et puis le texte semble ralentir, les sentiments de Christiane sont un peu plus développés et analysés, et finalement j’ai pris plus de plaisir à le lire. J’ai retrouvé l’esprit vif et incroyablement lucide de l’adolescente qui nous avait tellement bouleversés il y a 35 ans, et l’empathie a une nouvelle fois fonctionné. La vie de Christiane est rocambolesque, violente, excessive et bourrée d’émotions. Cette fois encore le récit nous tient en haleine ! Ce deuxième volume nous apprend également pas mal de choses sur les époques et les modes que traverse l’auteure : la scène zurichoise, le punk, les hippies, etc. Les pages les plus émouvantes sont sans conteste toutes celles qui concernent son fils Phillip. Cet enfant qui a aujourd’hui 17 ans lui a toujours donné une force étonnante et sa façon d’évoquer sa maternité est incroyablement touchante. Christiane ressent un amour immense pour son fils et bien que son existence soit à mille lieues de la mienne, j’arrive à me retrouver complètement dans sa manière d’évoquer sa maternité. J’ai vraiment pris plaisir à la découvrir prôner maternage, écoute des émotions et éducation non violente !

Christiane F., la vie malgré tout nous plonge dans un univers qui ne nous est pas familier (pour la plupart d’entre nous du moins !) mais qui parvient totalement à nous toucher à travers la figure de Christiane. Si ses rechutes peuvent parfois provoquer un peu de déception, sa lucidité, son intelligence et sa finesse d’esprit nous charment et nous interpellent. Malgré les années, la maladie et une vie tumultueuse, elle a su conserver ces qualités qui nous avaient déjà marqués lorsqu’elle était ado. Par ailleurs, comme pour le premier livre, l’écriture est limpide et agréable. Je ne sais pas si c’est le même traducteur (je n’ai pas cherché à vérifier), si la journaliste qui a mené les entretiens a fait l’effort de les retranscrire de la même façon que Horst Rieck et Kai Hermann à l’époque, ou si cela tient à la manière de raconter de Christiane, mais le ton est sensiblement le même. Pour avoir relu Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée il n’y a pas longtemps, j’ai vraiment eu le sentiment d’une continuité. Plus le livre avançait, plus j’avais l’impression de retrouver une vieille connaissance ! Evidemment, cet aspect contribue à rendre Christiane si sympathique et à partager si intensément ses émotions.

En toute franchise, ce deuxième volume n’a pas la même force que le premier et nous laissera un souvenir beaucoup moins fort. Je ne vous conseillerais pas nécessairement de courir l’acheter, mais plutôt de ne pas hésiter à le lire si l’occasion se présente. Pour celles et ceux qui, comme moi, ont été bouleversés par l’adolescence de Christiane et pour lesquels le premier opus est devenu un livre culte, l’intérêt est plus grand. A 16 ans je me demandais ce que Christiane était devenue et je suis bien contente de n’être pas restée sur un sentiment d’inachevé. Il y a un brin de curiosité (pas forcément malsaine !) dans tout cela, mais également l’envie d’accompagner encore un peu celle qui a marqué des générations de lecteurs.

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