Un Poussin, une Belette, des Zèbres… et puis quoi encore ?!

Un Poussin, une Belette, des Zèbres… et puis quoi encore ?!

Il arrive un moment où l’on pense connaître nos enfants.

Pas entièrement, mais au moins un peu. Parfois on voit juste, parfois non. Il arrive aussi que l’on se trompe complètement.

J’ai moi-même un spécimen tellement étonnant, particulier et difficile à suivre, que je me suis finalement habituée à son mode de fonctionnement. Il répond au doux (sur)nom de Poussin, et depuis toujours nous savons qu’il est un peu atypique, ne fait pas grand chose « comme les autres » (mais est-ce un mal ?), et qu’il est doté d’une sensibilité parfois déroutante.
Sans jamais vraiment nous inquiéter ni mettre de mots sur ses particularités. Malgré la fatigue, l’énervement, l’incompréhension parfois, la curiosité insatiable du gnome, son besoin d’attention permanent, et les fréquents « mais putain ce gosse va me rendre folle »…
Et puis il y a deux ans, pour valider son saut de classe, Poussin a vu la psychologue scolaire. Nous pensions qu’elle allait lui poser quelques questions pour voir s’il était assez mûr, et que ce serait vite plié. (Notez les parents hyper concernés qui envoient leur gosse en consultation sans se demander le pourquoi du comment …). Finalement c’était un vrai test, oups, avec un résultat assez clair : Poussin est dit EIP (Enfant Intellectuellement Précoce).

On ne s’y attendait pas, donc, mais connaissant notre Poussin, ça ne nous a pas vraiment étonnés. Mieux, ça nous a permis d’éclaircir pas mal de ses comportements. Des mots ont été posés sur le sentiment que nous avions toujours eu sans le verbaliser vraiment :  ce petit garçon a un fonctionnement particulier. Au quotidien ça n’a pas changé grand chose, mais dans le fond ça a permis d’apaiser quelques-unes de nos interrogations ou inquiétudes.
Personnellement, ça m’a enlevé une bonne dose de culpabilité.

J’ai compris que le caractère atypique de mon fils n’était pas (uniquement) la conséquence de ce que nous, ses parents, avions pu faire ou pas. J’ai compris que son hyper-sensibilité, son exclusivité avec moi, son besoin d’attention permanent n’étaient pas non plus en lien direct avec ce que j’avais pu merder ou pas avec lui.
Ça ne rend pas toujours les choses plus faciles, mais ça a le mérite de les rendre moins obscures.

Et pour nous, petite Belette n’était clairement pas dans ce schéma. Trop différente de son frère, sur tellement de points, et un développement parfois totalement inverse !
Par ailleurs, là où Poussin présente beaucoup de caractéristiques propres aux EIP, Belette est presque l’exacte opposée de son frère. Appliquée là il peut être brouillon, sociable alors qu’il a plus de mal dans ses relations avec les autres, indépendante autant que son frère est une petite glue…

Si bien que lorsque Belette a rencontré, elle aussi, la psychologue scolaire pour valider son propre saut de classe, nous étions sûrs et certains du résultat. Ou plutôt de la conclusion : une petite fille brillante au fonctionnement « classique ». J’avais même fait part de mon pronostic au maître de Poussin, en mode « naaannn mais je connais ma fille, elle n’a pas du tout le même mode de raisonnement que son frère, rien à voir, ce n’est pas du tout la même problématique ! ». (La mère trop perspicace….)

Alors évidemment, quand la psy m’a annoncé que Belette était « sur le même profil que son frère », ça m’a un peu décontenancée ! Pour le coup, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir loupé un truc. Même si je n’étais pas censée détecter moi-même le haut potentiel de ma fille, c’était un peu comme si j’étais passée à côté de quelque chose.
Là où tout nous avait semblé évident, et presque de l’ordre du soulagement, avec Poussin, cette fois-ci nous nous sommes beaucoup interrogés.
Depuis, la psychologue a été vraiment rassurante, et m’a beaucoup déculpabilisée (décidément, il faut que je garde son numéro !) en m’expliquant notamment que les petites filles EIP sont souvent plus difficiles à détecter que les garçons.

Il s’avère aussi qu’en y regardant de plus près, Belette montre un certain nombre de caractéristiques qui « collent » avec ce profil. Mais pas exactement les mêmes que son frère, et pas forcément avec la même intensité, d’où notre méprise.
Passé l’étonnement qui a suivi ce résultat (j’aurais bien mis « diagnostic » mais je trouve ce terme beaucoup trop médical), nous sommes sereins.

Nos enfants sont certes atypiques, mais jusqu’à présent cette particularité leur a été plutôt favorable. Ils font partie des EIP qui s’épanouissent à l’école et ils ont eu la chance d’avoir des enseignants qui ont toujours su leur éviter l’ennui, assouvir leur curiosité et garder intacte leur soif d’apprendre. Et pour mettre en place des solutions adaptées à chacun, les classes multi-niveaux de nos petites écoles rurales sont idéales !
Je sais que pour bien des parents la scolarité des enfants précoces est semée d’embûches, alors je mesure notre chance et j’espère qu’elle durera !

Enfin, je termine avec un point vocabulaire.
Dans ce billet j’ai choisi d’utiliser l’acronyme EIP pour Enfant Intellectuellement Précoce, parce qu’il s’agit du terme le plus utilisé actuellement, notamment au sein de l’Éducation Nationale. Je ne suis cependant pas certaine que le terme « précoce » soit le meilleur, puisqu’il induit la notion de « faire avant les autres », or il ne s’agit pas d’enfants en avance, mais bien d’enfants qui ont un raisonnement différent.  Je ne suis pas non plus à l’aise avec le terme « surdoué », qui induit une échelle de valeur qui n’a pas lieu d’être. Cela fait soit prétentieux, soit bête de foire… On trouve aussi « enfant à haut potentiel », pourquoi pas, même si c’est assez vague. Et puis tous les enfants ont du potentiel, non?!

De plus en plus de parents utilisent le terme de « zèbre », qui a le mérite de bien refléter le côté original/un peu à part/étonnant de nos gamins, mais que j’ai du mal à me l’approprier. C’est peut-être très mignon dans un contexte personnel et privé, mais pas très sérieux dans un cadre plus académique…
Une expression comme « enfant au raisonnement atypique » me paraît plus pertinente, mais c’est vrai que ce n’est pas non plus hyper précis.

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Notez toutefois que EIP prend parfois tout son sens si on le traduit par Enfant Infiniment Pénible ! Ça se vérifie très bien chez nous ;-)

4 Responses »

  1. Je souris pour la dernière phrase.
    Navrée de te faire détailler mais qu’est-ce qui t’a fait dire que tes deux enfants étaient EIP ?
    Hélo qui vient d’avoir 5 ans commence à lire enfin à décrypter les mots dans les livres, ce qu’on lui écrit et mon boss, ce matin, a dit sur le ton de la plaisanterie (mais sous une voile sérieux… tu vois la nuance ?) qu’elle était peut-être une « EIP ». Je lui demande ce que c’est et bam, par hasard, je lis ton post et c’est fou ce hasard !
    Bref, je ne dis pas qu’Hélo est une EIP et je pense pas qu’on nous proposera de lui faire sauter une classe car je ne sais pas trop si c’est possible sur Paris et même si ça l’était, je ne saurais pas prendre une décision. Mais elle est tet juste assez précoce en lecture et vocabulaire.
    En tout cas, c’est un souci pour vous en moins, iels sont bon.ne.s à l’école et c’est déjà un gros soulagement.

    • Alors, pour essayer de répondre le mieux possible :

      Pour nos deux enfants, c’est un test de QI passé avec la psy scolaire (pour valider le saut de classe) qui a permis de voir qu’ils sont EIP. Le test n’est pas obligatoire pour sauter une classe (et des enfants non précoces peuvent aussi sauter une classe) mais notre psy de secteur le fait, justement pour éviter de passer à côté d’un EIP.

      Pour le moment on a de la « chance » d’avoir des enfants bons à l’école, mais le côté EIP est aussi source de beaucoup de questions. Par exemple, l’année prochaine on va devoir se pencher sur la question d’un éventuel 2ème saut de classe pour Poussin. Alors oui c’est super de voir notre gamin faire des exos de maths deux niveaux au-dessus du sien les doigts dans le nez, mais : est-ce qu’il pourra gérer 2 ans d’écart au collège ? Et s’il s’ennuie aussi au collège, on fait quoi ? Et s’il ne saute pas de classe mais qu’il perd le goût de l’école ?
      Bref, c’est compliqué pour nous comme pour son instit. Et on a de la chance, il a un instit au top (et ceux d’avant l’étaient aussi), et la psy scolaire est bien aussi, donc on navigue en confiance, mais bon même eux n’ont pas de certitudes sur ce qui est le mieux… Le côté social des EIP est parfois aussi difficile à gérer…

      Sinon, le saut de classe ne dépend pas de là où tu habites, donc je suppose que même à Paris, si c’est nécessaire pour Hélo on vous le proposera ;) Pour certains gamins c’est vraiment indispensable, pour d’autres il est préférable de les laisser dans leur niveau même s’ils sont brillants, c’est vraiment du cas par cas.

  2. Ah oui, je savais bien que j’avais oublié quelque chose : je suis étonnée qu’Héloïse connaisse le terme « EIP » ! Je ne suis même pas certaines que mes enfants le connaissent :) Peut-être à force de nous entendre parler avec les instits ou entre nous… Quand on s’adresse à eux on parle plutôt des « enfants qui réfléchissent différemment ».
    Ça aussi c’est tout un art, de leur parler de leur particularité sans qu’ils se sentent hors normes, mieux ou moins bien que les autres.

    Conclusion : avoir des enfants, c’est rarement un long fleuve tranquille :D

  3. « Conclusion : avoir des enfants, c’est rarement un long fleuve tranquille :D » : Nnnnnooooooonnn, tu mens !!
    Oui, je me mets à votre place et c’est source d’inquiétude si trop d’avance, ennui et donc échec.
    Ok, si ce n’est pas en lien avec l’aire géographique, on verra ce qu’iels nous proposeront pour Héloïse mais je ne pense pas qu’elle soit EIP.

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