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Ces livres qui font grandir

Ces livres qui font grandir

Il y a des livres qui font rêver, des livres qui instruisent, d’autres qui font rire ou qui rendent mélancolique… Et puis il y en a aussi qui font grandir. Certains sont même tellement chouettes qu’ils font rire tout autant qu’ils instruisent, ou qui font rêver en faisant grandir tout en faisant vibrer, ou qui rendent joyeux et ému à la fois… Bref, un livre, y’a pas à dire, c’est magique !

Ceux dont j’ai envie de parler aujourd’hui, ils aident les enfants à grandir, en leur montrant par exemple l’empathie et la bienveillance. Des valeurs sur lesquelles il ne faut pas lésiner ! Des valeurs que nous pouvons tous transmettre à nos enfants, tous les jours, par notre manière d’être et par nos discours, mais qui méritent aussi d’être découvertes par le biais de fictions, à l’école, à la maison, avec toux ceux qui nous entourent.

J’ai donc fait une petite sélection d’albums que les enfants aiment bien en ce moment, et qui véhiculent de jolis messages. Bien souvent ce sont des livres que j’ai choisis parce que l’histoire avait l’air chouette, et/ou parce que les illustrations me plaisaient, ou encore des livres qui nous ont été offerts. L’intérêt est ainsi de s’approprier de jolies valeurs, mais aussi et surtout de se faire plaisir avec un bon / beau livre !

Un drôle de visiteur

drole_de_visiteur1Un livre que nous avons découvert récemment, puisque Belette l’a eu à Noël. Les illustrations, signées Clotilde Goubely, sont drôlissimes, et les bouilles des personnages hyper expressives. Elles servent parfaitement le texte d’Éléonore Thuillier, qui comme souvent conjugue à merveille tendresse et humour.  Ici, nous sommes à la ferme, entourés d’animaux tout ce qu’il a de plus classiques, lorsqu’un petit nouveau fait son apparition. Un animal étrange que les autres ne parviennent pas tout de suite à identifier. Aidés d’une encyclopédie, les animaux reconnaissent enfin ce drôle de visiteur : c’est un tigre ! Un bébé tigre, certes, mais un tigre quand même… si bien que tous se mettent à avoir peur et à vouloir le chasser. Le petit tigre est bien triste, lui qui ne demandait qu’à s’intégrer au groupe et à se faire de nouveaux amis… Heureusement, après quelques arguments et avec l’aide de sa maman, il réussira à démontrer aux autres que leurs craintes sont sans fondement . La chute est vraiment drôle, et nous rappelle que les apparences sont parfois bien trompeuses.

Tout cet album respire la tolérance, l’acceptation de l’autre et l’ouverture d’esprit. Et comme souvent, l’humour est le plus sûr moyen de faire passer le message !

Toute petite souris

toute petite sourisMon album préféré de Kimiko ! C’est l’histoire d’une petite souris adoptée par un adorable couple d’ours, et qui commence à avoir envie d’en savoir un peu plus sur ses origines. Elle part seule pour une espèce de quête initiatique à la recherche de ses parents souris, et découvre un univers totalement différent de celui qu’elle connait dans son monde d’ours. Après quelques péripéties, elle réalise que ses envies ne correspondent pas tout à fait  à celles des autres souris et décide de rentrer chez elle. Elle comprend aussi que sa place est bel et bien auprès de ses parents ours, toute petite souris qu’elle est !

Chez nous, cet album a permis d’aborder la notion de l’adoption. Je crois bien que c’est le premier exemple que les enfants en ont eu, et qui leur a permis de comprendre que les liens filiaux et affectifs n’étaient pas nécessairement induit par les liens biologiques. Le choix de deux animaux très différents aide bien à comprendre la notion d’adoption, mais aussi la nécessité pour chacun de s’adapter à l’autre. Les ours adaptent leur maison à la taille de la souris, et la souris grandit en adoptant (c’est le cas de le dire !) des attitudes et des goûts propres aux ours. On aime aussi beaucoup cette histoire parce qu’elle est pleine de tendresse, et que cette petite famille atypique est particulièrement attachante.

Et avec Tango, nous voilà trois !

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Celui-ci est un peu plus connu, et est souvent cité parmi les albums jeunesse sur le thème de l’homoparentalité. Tiré d’une histoire vraie, il gagne encore plus en mignonnerie. Nous assistons à la rencontre de Silo et Roy, deux manchots du zoo de Central Park qui tombent amoureux et se mettent à vivre en couple. Le seul couple gay parmi toute une colonie de manchots hétéros, qui ne comprend pas trop pourquoi tous les autres couvent des œufs et ont des bébés, sauf eux. Leur instinct les pousse à couver un caillou qu’ils prennent pour un œuf, sous l’œil attendri de leur soigneur. Les sentant un peu déconfits, celui-ci leur confie un œuf abandonné. Silo et Roy se mettent à le couver avec patience et bienveillance, exactement comme le font les autres couples de manchots, et deviennent les heureux parents d’un adorable bébé prénommé Tango par le soigneur.

Evidemment, le premier message de ce livre est de montrer (à ceux qui en douteraient encore !) que l’orientation sexuelle d’un couple n’a aucun impact sur sa capacité à élever des enfants et à fonder une famille. Mais pas seulement. Ce que j’aime aussi avec cet album, c’est qu’il met en avant le désir de fonder une famille et la tristesse de ne pas y parvenir. Un sujet qui me touche, et qu’on a pu aborder rapidement avec les enfants en leur lisant ce livre. Et puis on y retrouve aussi le thème de l’adoption et le fait que l’ont peut être le parent d’un bébé, l’aimer et en prendre soin même si on ne l’a pas « fabriqué ».

Vous êtes tous mes préférés

vous êtes tous mes preferésUn livre qu s’adresse aux petits, voire tout petits, qui aiment entendre tout ce que l’amour de leurs parents a d’inconditionnel. L’histoire met en scène une adorable famille d’ours : la maman, le papa et les trois petits. Deux oursons et une oursonne, pour être exacte. Tous les soirs, leurs parents leur répètent qu’ils les aiment très fort, et que ce sont les oursons les plus merveilleux du monde. Quand les enfants commencent à se poser des questions et à se demander s’il n’y aurait pas « un préféré », leurs parents vont les rassurer avec tendresse et bienveillance. Chacun découvrira que sa particularité au sein de la fratrie (celui qui n’a pas de tâche sur son pelage, celle qui est une fille, celui qui est le plus petit) n’a aucune incidence sur l’amour qu’on lui porte.

Ce joli album nous accompagne depuis bien longtemps. Initialement il était destiné à Poussin, peu après la naissance de sa petite soeur. Il a tout de suite aimé cette histoire, surtout qu’à chaque fois qu’on la lit (c’est valable encore maintenant), j’en profite pour rappeler que chez nous aussi, « ils sont tous nos préférés ». Les enfants aiment encore l’écouter aujourd’hui, c’est devenu une sorte de livre doudou avant d’aller se coucher. C’est vraiment un livre que je recommande pour que chacun se rassure sur sa place dans la famille.

Laurent tout seul

laurent tout seulLaurent est un petit garçon qui s’ennuie un peu chez lui, il se lasse de ses jouets d’enfant et aimerait aller découvrir le monde. Sa maman l’autorise à aller jouer tout seul dans le jardin, mais lui demande de ne pas dépasser la barrière. Lorsqu’il lui avoue finalement avoir été un tout petit peu plus loin que la barrière, sa mère réalise que son fils a grandit, et qu’il peut bien aller jusqu’au châtaigner…. Chaque jour, il s’éloigne un peu plus. Laurent ne cesse de dépasser les limites qui lui sont fixées, tout naturellement, sans aucun esprit de rébellion, et sans jamais rencontrer la colère de ses parents. La maman de Laurent comprend que son petit est désormais grand. Et puis un jour, il part pour de bon. Un peu seul, un peu triste, il comprend que ce n’est pas toujours drôle d’être grand, et pourtant il est heureux de poursuivre sa route comme bon lui semble. Après une petite fête où il réunit famille et ami, Laurent rencontre une petite lapine qui, comme lui, est « en voyage ». Ils décident de continuer le chemin ensemble.

TOUS les symbole du chemin initiatique sont réunis dans cet album, qui oscille entre mélancolie et tendresse. La première fois que je l’ai lu, j’avoue avoir été assez surprise par le ton mélancolique, peu habituel dans les livres pour enfants. C’est sans doute ce qui a justement séduit Poussin, qui a toujours beaucoup aimé cet album. Je pense que c’est justement le ton différent qui lui plaît, et l’émancipation de ce petit lapin qui va voler de ses propres ailes (tandis que mon Poussin a longtemps précisé qu’il vivrait toujours avec nous, même quand il serait adulte !). De mon côté, je trouve qu’il montre avec beaucoup de justesse le passage de l’enfance à l’âge adulte. J’aime la façon dont Laurent Lapin gère ses émotions, et la douceur qui se dégage de toute cette histoire. Sans oublier que l’évolution progressive du personnage montre bien aux petits que tout ne se fait pas d’un seul coup, et qu’il y a plusieurs étapes avant de pouvoir aller vivre loin de ses parents.

Les Souvenirs, de David Foenkinos

Les Souvenirs, de David Foenkinos

LesSouvenirs_Gallimard

 

 

Depuis la parution de Charlotte et toutes les merveilleuses critiques qui ont suivi, j’ai envie de découvrir David Foenkinos. Pourtant, les mois passent et je ne me suis toujours pas procuré ce livre, parce que j’ai peur qu’il soit trop triste… C’est un peu idiot, mais la perspective de lire l’histoire de cette jeune artiste à la fin si tragique m’angoisse profondément. Je lis pourtant des tas d’autres livres loin d’être drôles, mais là je bloque. J’ai donc décidé de faire connaissance avec Foenkinos en commençant par ses autres romans. L’amie chez qui j’étais la semaine dernière m’en a même prêté un (mais je ne sais plus lequel…oups) en me disant que c’était le mieux pour commencer, mais évidemment j’ai oublié de le prendre en partant ! Alors, un peu au hasard, j’ai acheté Les Souvenirs lors de mon passage à la librairie cette semaine.

 

Le narrateur, à la première personne, y évoque la fin de vie des ses grands-parents, le début de retraite et les névroses de ses parents, ses errances émotionnelles, ou encore l’aube de sa vie d’adulte. Et des dizaines de souvenirs, de personnages fictifs ou réels. Dit comme ça, j’en suis bien consciente, ça sent le roman de pré-trentenaire, la mièvrerie et les gros clichés. Mais en fait pas du tout !

Très vite, la douceur du texte m’a touchée. Je l’ai trouvé sincère, et en cela terriblement émouvant. Le narrateur a tout d’un stéréotype agaçant (il est jeune, il veut devenir écrivain, il cherche l’amour, il est gentil…) mais on s’aperçoit vite qu’il est aussi bien plus que ça. Il dépasse le stéréotype pour s’incarner véritablement, ce qui est assez rare pour être souligné. L’écriture de Foenkinos est agréable et j’aime beaucoup son style, tout en finesse lui aussi. C’est assez difficile à décrire, mais j’ai vraiment eu un sentiment de douceur en lisant Les Souvenirs. Une sensation de flottement, de coton et de légèreté.

A travers l’histoire de ce jeune-homme bouleversé par la fin de vie de ses grands-parents, c’est toute une réflexion sur la vieillesse qui s’offre au lecteur. Encore une fois il ne s’agit pas de se calquer sur des clichés, mais bien de poser un regard lucide et empathique sur une génération qui s’efface. L’évocation de ses parents, entre deux âges, renvoie elle aussi à une réalité parfois compliquée. Entre émotion, tendresse et humour, ce roman est celui du glissement des générations, du temps qui passe et des liens familiaux. Malgré ces thématiques difficiles, je n’ai jamais ressenti de lourdeur ou d’angoisse pendant ma lecture. Certes, je n’ai pas de problématiques similaires dans ma famille en ce moment, mais je me demande si dans de telles situations Les Souvenirs ne seraient justement pas un moyen d’adoucir un poids. Bien sûr pendant ma lecture j’ai ressenti un peu de nostalgie, et j’aurais pu être bien plus ébranlée si mon histoire avait eu des points communs avec celle du narrateur, mais je trouve ce roman tellement juste qu’il n’apporte aucune angoisse. Je pense qu’on peut au contraire y trouver de l’apaisement, une sorte d’acceptation du temps qui passe et d’une époque qui bascule dans le passé. Et puis vraiment, Foenkinos maîtrise si bien l’art de l’humour subtil qu’il parvient à désamorcer le tragique en lui insufflant ce qu’il faut de légèreté !

Ma seule déception, parce que même sous le charme mon esprit critique reste aux aguets, concerne la fin du roman. Sans trop dévoiler l’intrigue, cela correspond au moment où le narrateur se met en couple. Je pense que l’histoire aurait pu s’arrêter là, et s’éviter ainsi de flirter avec les clichés. C’est à mes yeux un paradoxe énorme, mais si la littérature raffole des histoires de couple, c’est ce que les écrivains ont le plus de mal à traiter ! La fin du livre n’est pas non plus atroce, n’exagérons rien, mais je n’ai pas été totalement convaincue par les derniers rebondissements. D’ailleurs, la temporalité du récit s’accélère à ce moment-là, et les multiples ellipses (de plusieurs années) participent à ce sentiment de déception. A mon avis, un roman qui évolue à un rythme plutôt régulier n’a rien à gagner en osant une accélération finale. On pense forcément à une fin bâclée et à une nécessité de vouloir en caser le plus possible, et c’est dommage !

Je ne le savais pas au moment de commencer ma lecture, mais il s’avère qu’une adaptation de ce livre est sortie au cinéma il y a quelques semaines ! N’ayant pas de ciné à proximité immédiate de ma maison, et ayant 2 enfants, je ne suis plus très sensible aux sorties ciné… depuis environ…euh…5 ans ! Bref, je suis bien souvent déçue par les adaptations des romans que j’ai aimés, mais je viens de visionner la bande annonce du film de J-P Rouve, et je me dis qu’à l’occasion j’aimerais bien le voir. Je suis quand même contente d’avoir vu la bande annonce seulement après avoir terminé le bouquin, sans quoi j’aurais calqué le visage des acteurs sur les personnages, alors que de moi-même je les ai imaginés vraiment différemment. Pour l’anecdote, j’ai toujours regretté d’avoir le visage de Depardieu comme seule référence en lisant Germinal…

Kafka sur le rivage, d’Haruki Murakami

Kafka sur le rivage, d’Haruki Murakami

Il y a quelques années  on m’a dit beaucoup de bien de Kafka sur le rivage, mais comme je suis une tête de mule je n’ai pas voulu écouter… Le titre ne me disait rien, j’étais complètement hermétique à la littérature japonaise* (et à la culture japonais en général), la couverture avec le chat et les poissons me confortait dans mes a priori, et les 638 pages du bouquin me rebutaient ! Je ne suis absolument par contre les romans un peu longs, au contraire, mais j’avoue que lorsqu’il s’agit d’un livre qui ne m’attire pas ça me refroidit encore plus. En fait, j’imaginais un livre chiant plein de philosophie chiante…

Et puis dernièrement j’ai eu l’occasion de lire quelques-unes des lettres de mes amis jurés du Livre Inter, et de parler littérature avec eux. Je me suis aperçu que Murakami et son Kafka sur le rivage étaient cités plusieurs fois, et ça a fait tilt. J’ai  réalisé que des lecteurs qui avaient par ailleurs des goûts très proches des miens avaient adoré ce roman, et qu’ils en avait été profondément marqués. Ma libraire aussi m’en a dit du bien quand je l’achetais, et comme généralement je suis plutôt d’accord avec ses coups de coeur…

Ma Belette a tellement aimé cette couverture qu'elle a tripoté mon livre je ne sais combien de fois, et tant pis si elle faisait tomber le marque-pages...

Ma Belette a tellement aimé cette couverture qu’elle a tripoté mon livre je ne sais combien de fois, et tant pis si elle faisait tomber le marque-pages…

Dès les premières pages j’ai adoré ! J’ai aimé le style (même si forcément c’est une traduction), la façon dont l’histoire est menée, les personnages… J’ai aussi beaucoup aimé tout ce que Murakami a mis dans son roman et qui est plus ou moins implicite : ses réflexions sur la mémoire, sur la construction d’un individu, sur le passé, le présent, le rêve, notre rapport aux autres, les livres et l’imaginaire. J’ai trouvé un livre qui parle de tout sans jamais tomber dans la niaiserie et les bons sentiments. Deux trucs que je déteste ! J’ai l’impression que Murakami les déteste lui aussi, parce que dès qu’il les effleure il change vite de cap et nous surprend en balayant toutes nos certitudes. Kafka sur le rivage est également gorgé de fantastique, et c’est aussi ce qui le rend si spécial. Je lis très peu de fantastique parce que je suis vite saoulée quand c’est mal fichu. Mon côté terre à terre prend alors le dessus et je n’adhère pas, je me moque et je passe à autre chose. En fait, ce qui me plaît, c’est le fantastique qui est tellement bien amené qu’on n’a pas besoin de se poser la question d’y croire ou pas. Celui qu’on retrouve chez Borges, chez Poe ou même chez Maupassant. Et bien sûr chez Kafka. Le vrai, celui de la Métamorphose et du Procès ! Mon fantastique c’est aussi le souvenir d’avoir suivi des cours sur Todorov et d’avoir adoré. J’avais presque oublié comme c’était chouette, et je ne regrette vraiment pas de m’y être de nouveau plongée.

Et sinon, Kafka sur le rivage, ça parle de quoi ? D’un côté il y a un vieillard attendrissant, devenu un peu simplet dans son enfance, suite à un étrange incident que personne ne parviendra à élucider; et de l’autre un jeune adolescent de 15 ans qui fuit Tokyo, tente d’échapper à l’emprise d’un père toxique, et surtout part en quête de lui-même et de sa propre histoire. On s’apercevra que s’ils n’ont pas l’air d’avoir grand chose en commun il partagent en réalité beaucoup. Leurs destins vont se croiser, se télescoper parfois, de préférence en surprenant le lecteur et en le déroutant. J’ai d’ailleurs bien envie de vous dire que ce roman ne se résume pas, et que tout ce que je pourrais en dire ne vous servira à rien pour comprendre l’intrigue. Une intrigue à la fois capitale et tellement secondaire, qui est indispensable au roman mais qui en même n’est rien à côté du reste !

Ce qui compte vraiment ce sont les réflexions des personnages sur le devenir, sur leur passé, leurs rêves et leur cheminement. Murakami nous offre un magnifique roman initiatique et une étonnante expérience littéraire. Pourtant son texte est d’une incroyable fluidité. On entre très vite dans son univers, et on s’y sent merveilleusement bien. Je n’arrive par à savoir s’il faut avoir une certaine aptitude à se laisser happer par l’imaginaire pour y pénétrer complètement, ou si l’auteur parviendra quand même à emmener avec lui même les plus réfractaires. Dans tous les cas je ne peux que vous conseiller d’essayer, quel que soit vos goûts habituels : il y a de grandes chances pour que le charme opère !

Très honnêtement, je l’avoue, j’ai eu l’impression d’être déçue en arrivant la la fin. J’imaginais certainement autre chose (d’ailleurs Murakami est très doué pour mettre le lecteur sur une piste et finalement prendre une autre voie) et j’ai pu être déroutée. Finalement je crois que toute la magie de Kafka sur le rivage réside aussi dans sa fin inattendue, à la fois si simple et si déroutante. Comme pendant toute la durée du roman, certains chemins défrichés par Murakami sont en définitive délaissés, et ce n’est pas très grave. Cette accumulation de situations ouvre toujours une réflexion nouvelle et amène le lecteur à s’interroger lui aussi, à la fois en immersion et en lisière du texte.

*Pour la petite histoire, c’est la littérature de jeunesse japonaise (dont les enfants et moi sommes friands) qui m’a certainement rendue plus curieuse pour la littérature japonaise à destination des adultes. Sans vouloir généraliser, on y retrouve effectivement une part importante de tendresse et de réalisme poétique que j’aime tellement dans les albums de Komako Sakaï ou de Kazuo Iwamura par exemple.

Compagnons de route

Compagnons de route

Ils m’accompagnent depuis toujours ou presque. J’aime le bruit de leurs pages qui se tournent, leurs odeurs qui ne sont jamais les mêmes, et j’aime par-dessus tout les histoires qu’ils racontent. Certains livres m’ont ouvert l’esprit, d’autres m’ont ennuyée, beaucoup m’ont émue, quelques-uns m’ont changée. Si tous ne m’ont pas laissé de souvenir précis, il y en a certains qui m’évoquent des moments particuliers. Ils ont jalonné ma route et se rapportent à mon histoire. Ils font littéralement partie de moi.

biblio

 

Je devais avoir 8 ou 9 ans, nous étions en vacances d’été et j’ai découvert la Comtesse de Ségur avec Les Malheurs de Sophie. Je me souviens qu’ensuite j’ai avalé un de ses livres par jour pour vite connaître la suite des histoires de Sophie, Camille, Madeleine, Paul et les autres…

Plus tard, j’ai fait la connaissance d‘Emma Bovary au fond de mon lit, incapable de me lever avant d’avoir fini, tellement j’étais captivée. Alors que c’est assise, dans le grand fauteuil marron près du radiateur du salon, que j’ai rencontré Victor Hugo avec Quatre-vingt treize. Un roman qui m’a bouleversée alors qu’au début j’avais sauté quelques pages pour aller plus vite et finir au plus tôt ma fiche de lecture… J’ai regretté ! La même émotion m’a submergée quand je lisais L’homme qui rit, pendant nos vacances à l’Ile de Ré entre deux balades à vélo. En fait je crois bien que tous ses textes m’ont touchée, chacun à leur façon. Pas possible non plus d’oublier que c’est encore avec Hugo que j’étais, dans les couloirs de la clinique, à  l’aube (à l’heure où blanchit la campagne, si si !!) , attendant de vérifier si mon traitement pour l’ovulation faisait effet… Je n’avais pas encore terminé Les Travailleurs de la mer lorsque j’ai appris qu’un mini poussin grandissait dans mon ventre !

Peu après j’ai adoré Belle du Seigneur, une main sur le ventre, me disant que Solal ferait un bien joli prénom pour un futur petit garçon, que j’imaginais forcément brun aux yeux noirs. Celui qui joue en face de moi à l’heure où j’écris a certes les yeux les plus foncés que je connaisse, mais ses cheveux sont châtains. Et son prénom est celui d’un autre personnage de la littérature. Mais pour celui-là, je connaissais le prénom et je l’aimais déjà avant de lire le livre !

Quelques années avant, à Paris, j’avais passé quelques délicieuses semaines avec Thomas Mann et sa Montagne magique. Une ascension difficile, mais tellement belle ! Le livre de poche, usé à force d’être trimbalé dans mon sac, m’avait même accompagnée à Vienne, où je me souviens l’avoir lu allongée dans un parc à l’ombre de vieux arbres. De fait, j’associe toujours les livres à l’endroit où je les ais lus. Même si ça n’a rien à voir. Comme lorsque j’ai lu Elles n’avaient jamais vu la mer dans le Thalys qui nous menait à Amsterdam, ou l’Alchimiste dans l’avion pour aller en Corse (j’étais jeune et en le refermant je me suis quand même demandé si c’était pas un peu niais). Les Fourmis de Werber m’évoquent nos premières vacances en couple et la terrasse ensoleillée de la piscine du camping. Juste après j’avais lu Les Nuits fauves, pour un changement d’ambiance radical ! Je me souviens aussi avoir lu La Métamorphose de Kafka en attendant le bus pour mon tout premier boulot, une mission d’interim au fin fond d’une zone industrielle. Et puis Rabelais, de Gargantua au Cinquième livre, dans le RER D qui séparait ma banlieue de Paris. Comme quasiment tous les livres lus pendant ma fac de lettres, de Marguerite de Navarre en passant par Gide et Isaac Bashevis Singer.

Je me souviens aussi de l’Assommoir et de Germinal, lus bien tardivement. Le premier en Auvergne ,lors de nos premières vacances en famille, pendant les siestes étonnamment longues d’un poussin de 5 mois, alors qu’à la maison je m’arrachais les cheveux… Le second m’a accompagnée pendant ma dernière soirée nantaise, en mode maman solo sans internet, sans télé et sans radio. Je l’ai terminé quelques jours plus tard en Bourgogne, une main posée sur ma Belette, qui ne trouvait le sommeil que comme ça !

Belette qui, elle, a été fabriquée au moment où je lisais Le Choeur des femmes de Martin Winckler (enfin pas pile poil pendant ma lecture hein, n’exagérons rien !!!). Je le sais parce que c’est le livre que le lisais dans la salle d’attente le jour où j’ai fait retirer mon DIU, date retenue comme étant celle de la conception d’après les échographies. Sur le coup j’avais trouvé ça vraiment marrant, de lire une histoire de gyneco justement dans la salle d’attente du mien, un type aussi chouette que le personnage de Winckler !

Il y en a eu plein d’autres mais je n’ai pas assez de place pour tous les citer. Sombre dimanche, prix Inter 2013, lu dans le train qui m’emmenait vers les délibération du prix 2014 ; puis à mon retour Mabanckou lu dans une chaise longue au milieu du jardin. La Douleur de Marguerite Duras dans l’avion en quittant Budapest, Bonjour tristesse de Sagan en mode sardine dans le RER A… Il y a eu aussi La Terre, Zola toujours, commencé en version papier et terminé sur la liseuse que je venais de recevoir à Noël.

Mille autres ont compté, dévorés sur le canapé, dans mon lit, dans le métro, au soleil ou près du feu. Les suivants m’attendent…