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Sauver le monde avec de la bière et du café !

Sauver le monde avec de la bière et du café !

Il y a des jours où l’on se dit qu’on a de la chance. De la chance d’être nés ici et maintenant, de la chance d’avoir une maison sympa, de quoi se nourrir, s’habiller, profiter de la vie, de la chance d’avoir des gens qui nous aiment et des gens à aimer, de jolis paysages à regarder et de bons moments à partager.

Mais.

Il y a aussi des jours où l’avenir ne semble pas franchement synonyme d’optimisme. Des jours où tout paraît menaçant : les catastrophes écologiques, les désastres humanitaires, les guerres, la violence, la bêtise… Ces jours-là, notre foi en l’humanité en prend un sacré coup.

Quand j’étais jeune et naïve, je croyais fermement au progrès. J’ai longtemps pensé que tout irait forcément vers le mieux. J’ai imaginé que l’humanité avait tiré des leçons du passé, j’ai cru au « plus jamais ça », à l’entraide entre les peuples, à la solidarité. J’ai appris la tolérance, à la maison et à l’école, et bêtement j’ai pensé que tout le monde apprenait la même chose. Et surtout, que tout le monde retiendrait la même chose. Inconsciemment, j’étais persuadée que tous les humains de ma génération partaient avec ces mêmes bases, et que le monde deviendrait forcément meilleur. Dans ce futur idéal, personne ne se serait tapé dessus, personne n’aurait jeté ses papiers par terre, et personne n’aurait fait attention à la religion ou à l’apparence de son voisin.

Pourtant, j’ai grandi à une époque où la guerre sévissait encore en Europe de l’est et j’ai vu les photos de la famine en Afrique. Ça aurait pu m’interpeller. Oui, mais comme on envoyait des sacs de riz en Somalie, et comme on m’a appris qu’il fallait arrêter la guerre et aider les gens qui la fuyaient, j’ai cru que les problèmes ne pouvaient que se régler. En s’y mettant tous ensemble on ne pouvait que réussir.

Depuis, j’ai eu quelques désillusions.
J’ai eu 18 ans en 2002 et j’ai voté pour la toute première fois un certain 21 avril.
Je me suis disputée avec des gens parce que je n’ai pas réussi à me taire quand ils ont évoqué l’idée de rétablir la peine de mort… en préventif, pour d’éventuels futurs peut-être criminels…
J’ai entendu des gens que je pensais intelligents et tolérants se complaire dans l’homophobie ordinaire.
J’ai eu à expliquer que si, si, on pouvait plaisanter et même sourire à un mec sans nécessairement avoir envie de coucher avec.
Je rencontre parfois des gens, pas si vieux, qui jugent les autres sur leur coupe de cheveux, leur piercing ou leurs vêtements.
Et puis les bidonvilles au cœur des grandes villes, les bateaux humanitaires qu’on laisse se démerder, la misère sociale, les faits divers sordides…

À côté de tout ça, j’essaye de ne pas gâcher l’eau, j’utilise des sacs réutilisables pour acheter les légumes, et je culpabilise un peu quand j’achète une mangue ou un avocat qui ont beaucoup trop voyagé avant d’arriver dans ma cuisine. J’aime l’idée des potagers partagés, j’admire les gens qui parviennent à vivre en mode « zéro déchet », et j’ai envie de croire qu’en sensibilisant les enfants on arrivera à protéger un peu plus l’environnement. Oui, mais je connais aussi des gens qui ne trient pas leurs poubelles parce que « ça prend trop de temps ». On ruine les sous-sols pour avoir de jolis téléphones, on sur-consomme, on sur-emballe… Pire, il ne suffit pas d’être convaincu pour être irréprochable.
Je suis par ailleurs persuadée que les efforts individuels ne valent pas grand chose à l’échelle planétaire et je crains que mes petits gestes écolos ne fassent pas vraiment le poids face à la pollution industrielle et à la déforestation.

J’ai lu Hugo, Rabelais, Stefan Zweig et bien d’autres, et j’ai espéré que la littérature pourrait sauver le monde. Maintenant je sais que c’est peine perdue. Alors je lis Alice Zeniter, Dany Laferrière ou Lola Lafon, et je me dis qu’à défaut de sauver le monde, la littérature me sauvera peut-être moi. C’est déjà ça.
J’essaye d’assurer la relève en lisant du Claude Ponti et du Tomi Ungerer à mes enfants, en espérant les sauver eux aussi.

Quand j’ai commencé à vouloir des enfants, il y a 10 ans, j’étais encore un peu optimiste. Aujourd’hui je le suis beaucoup moins. J’essaye de valoriser le bien, l’humain, d’apprendre aux enfants ce qui est juste, de leur transmettre les valeurs qui me semblent importantes. Mais bof. Ils entendent aussi quand je m’emporte légèrement (ou pas légèrement du tout !) et que je raconte à leur père à quel point les gens peuvent être cons. Ils connaissent les surnoms pas très gentils dont j’affuble ceux qui m’agacent le plus. (Surnoms qui m’échapperont forcément en public un jour ou l’autre…). En somme, ils ont compris que ma propre tolérance avait parfois des limites…
Ils savent que malheureusement certaines personnes ont des idées pourries (yep, tout dans la subjectivité !) et que c’est pour ça que je râle souvent en écoutant la radio le matin.
Enfin, ils se doutent certainement que si on n’arrive déjà pas à s’entendre à l’échelle d’un village, ça risque d’être un peu compliqué pour construire un monde meilleur ! J’en suis navrée pour eux.

Du coup, pour eux, pour mes enfants et ceux des autres, est-ce qu’on ne pourrait pas quand même essayer ? Au moins un peu. Rien qu’un peu.
Parce qu’au delà des gens qui déçoivent et des contrariétés, il reste les belles rencontres, les connivences et les sourires. Les soirées à refaire le monde, les souvenirs qui font du bien, les voisins serviables et l’humour à deux balles. La musique, les livres et l’envie d’être ensemble.

Dans mes moments de doute, parfois je me dis que ça irait bien mieux si on se réunissait tous pour se donner la main et boire des bières ! Ou du café, si vraiment il est trop tôt. On verra.

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Quelques jours à Copenhague

Quelques jours à Copenhague

C’est une petite tradition familiale depuis quelques années : un week-end prolongé en amoureux une fois par an, pour découvrir ou re-découvrir une ville européenne, vivre à notre rythme et nous libérer de toute contrainte ! Quelques jours qui font un bien fou ! Parce que oui, j’aime mes enfants le plus fort du monde, je m’en occupe le matin, le midi, le soir, pendant les vacances scolaires et les mercredis, je les emmène au théâtre et à la danse, et mille autre choses encore… alors je revendique aussi le droit à la déconnexion de temps en temps ! Et puis ce n’est pas comme si on ne partait jamais en vacances tous les quatre… Bref, c’est important pour nous d’avoir ce petit temps juste à deux !

Habituellement ce week-end a lieu en octobre ou novembre, entre le rush de la rentrée et celui des fêtes, mais cet automne nous avions peu de disponibilités, d’où ce petit décalage. Cette fois nous avons donc opté pour le mois de mai, ses ponts et ses journées qui durent plus longtemps. Par chance, le printemps est la saison idéale pour découvrir Copenhague, une destination qui nous faisait de l’œil depuis un petit moment. Nous avons d’ailleurs eu un temps magnifique pendant cinq jours. Si les manteaux, emportés au cas où, étaient décidément de trop en journée, les lunettes de soleil étaient au contraire indispensables !

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Bon, et sinon, Copenhague, c’est comment ?

En un mot, je dirais agréable ! C’est une jolie ville où l’on se sent vraiment bien, où tout semble en harmonie. Les immeubles anciens, souvent typiques et colorés, cohabitent parfaitement avec les constructions plus contemporaines, tout semble spacieux et aéré. Evidemment, la proximité avec la mer et les canaux qui traversent la ville ajoutent pas mal de charme à tout cela, sans oublier les parcs et jardins particulièrement bien entretenus et fleuris. Même aux heures d’affluence, les rues du centre ne paraissent pas étouffantes, et on ne ressent pas cette désagréable impression d’être coincé au milieu de la foule que l’on a parfois dans les grandes villes. Ah, et bien que Copenhague compte plus de vélos qu’Amsterdam, cela semble beaucoup moins anarchique au niveau de la circulation. C’est fluide, chacun est à sa place et tout fonctionne bien. Il faut dire que de manière générale, les Danois paraissent particulièrement disciplinés : c’est même assez étonnant de les voir attendre bien sagement que le feu soit vert pour traverser, même s’il n’y a aucune voiture à l’horizon !

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Au gré de nos pérégrinations dans la ville, nous avons beaucoup aimé le Jardin botanique, ses petites allées intimistes et ses magnifiques serres (même si purée, il y fait sacrément chaud !), le parc Kongens Have et sa jolie vue sur le Château de Rosenborg, le magnifique cimetière paysagé Assistens Kirkegard, et bien sûr le superbe Parc Tivoli. Nous qui n’aimons pas spécialement les parcs d’attraction, nous avons été émerveillés devant les manèges tous plus beaux les uns que les autres (sans y monter, mais en prévoyant d’y retourner un jour avec les enfants !), les parterres de fleurs et l’ambiance féerique du parc à la tombée de la nuit.

Côté musées, nous avons adoré le NationalMuseet et ses très impressionnantes collections. La partie consacrée à la préhistoire danoise nous a retenus un bon moment, tant les séries de silex, bijoux, harpons et autres vestiges sont captivantes, sans oublier le sublime « Char du Soleil » (dont j’ai d’ailleurs trouvé une reproduction dans la leçon d’Histoire de Poussin tout à l’heure, joli clin d’œil !). En trois heures, nous avons à peine parcouru la moitié du musée… C’est sûr, nous y retournerons avec les enfants !

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Le Statens Museum for Kunst (la galerie nationale danoise) nous en a aussi mis plein les yeux, avec un aperçu très large de la peinture européenne, et notamment danoise, du Moyen-Age au XXème siècle voire XXIème pour certaines œuvres. Personnellement j’ai un faible pour l’expressionnisme, plutôt bien représenté dans ce musée.

Une autre découverte surprenante, et non moins agréable : la commune autonome de Christiania. Pour la petite histoire, il s’agit d’une ancienne zone militaire où se sont installés des squatteurs dans les années 70 pour y établir une sorte de communauté libre. Côté folklore local, de part et d’autre de l’artère principale (la plus touristique), des dizaines de vendeurs ambulants proposent une palette impressionnante d’herbe et de joints « prêts à l’emploi », d’où une odeur de beuh bien prégnante sur l’énorme terrasse centrale (où il est néanmoins très agréable d’y profiter d’une bière au soleil !). Il serait pourtant dommage de réduire Christiania à cet aspect-là, ni d’ailleurs à ses maisons un peu farfelues que l’on imagine habitées par de gentils hippies et/ou artistes anti-conformistes (même si personnellement j’adore ce foisonnement d’originalité). Il suffit de s’éloigner un tout petit peu du centre pour profiter des allées piétonnes au calme absolu qui sillonnent entre les maisons, les jardins et potagers foisonnants, et pour constater que la vie ici doit être bien agréable. Un endroit où les mots solidarité, écologie et simplicité semblent prendre tout leur sens.

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En fait, c’est simple, je crois que nous avons tout aimé à Copenhague : les balades sur le joli port de Nyhavn (c’est de là que viennent les photos « so Copenhague » avec les belles maisons colorées et les petits bateaux), les déambulations sous les halles du marché permanent Torvehallerne KBH à la recherche d’un déjeuner à savourer au soleil, les pauses sur le bord des canaux ou le soir à l’extrémité du port, les touristes un peu ridicules faisant la queue pour se faire photographier avec la minuscule Petite sirène, les églises hyper lumineuses aux intérieurs épurés, les magasins de design danois aux prix exorbitants (où l’on confond les vases de créateurs avec de vulgaires thermos, oups), l’atterrissage et le décollage si proches de la mer qu’on a l’impression que l’avion va toucher l’eau, les souvenirs de la série Borgen et des scènes tournées autour du Parlement… J’en oublie certainement.

Le seul problème avec ce genre de vacances, c’est que sitôt rentrés nous pensons déjà à notre prochain séjour… Changement total de cadre et d’ambiance en perspective, puisque nous irons certainement à Bucarest cet automne !

Promenons-nous !

Promenons-nous !

Promenons-nous… dans les bois, en bord de mer, sur une montagne, en pleine ville, au milieu des champs…

Ce qui est chouette avec les promenades, c’est qu’on peut les faire en pleine nature, en se ressourçant et en admirant de superbes paysages, mais aussi en ville, pour en découvrir les différentes architectures et s’imprégner de l’âme de chaque quartier. Personnellement, j’aime autant les virées en forêt que les déambulations dans les grandes villes. Ceci dit, si je devais vraiment choisir, je pense que ma préférence irait aux petits chemins qui surplombent l’océan. En Bretagne, évidemment !

Naturellement la marche est un loisir que nous aimons partager avec les enfants, qui sont depuis longtemps habitués à nous suivre. Bien sûr, nous adaptons la difficulté ainsi que le temps des promenades en fonction de leurs capacités. Ils sont maintenant de bons marcheurs, et peuvent même se surpasser si la balade leur plaît ou si l’objectif les intéresse. L’objectif peut être un joli point de vue, une glace en terrasse ou une bonne douche suivie d’un dessin animé : à adapter en fonction de la saison et des goûts de chacun !
Belette a battu son record de rando en août 2016 : 11 km de marche sur la crête Nord de la presqu’île de Crozon ! Elle avait à peine 4 ans 1/2, le paysage était magnifique, et à la fin de la journée elle a même enquillé pour une bonne balade sur le port de Camaret… mais pour ça on lui avait promis une glace ! Poussin était là aussi, toujours en tête lorsqu’il s’agit d’enchaîner les kilomètres. (Et s’il y a une crêpe au bout du chemin il peut aller encore plus vite !).

Pendant cette deuxième semaine de vacances, quand j’ai proposé aux enfants de faire une longue promenade pour profiter du beau temps, ils étaient donc archi motivés. Je n’ai même pas eu besoin de les appâter avec quoi que ce soit ! Le plaisir de marcher peut parfois se suffire à lui-même, et c’est très bien ainsi.

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Nous sommes partis de la maison en début d’après-midi (finalement nous avons opté pour un jour sans grosse chaleur, sachant qu’on avait une partie du chemin sans ombre c’était préférable !), en empruntant la partie du Chemin de Compostelle qui passe devant chez nous. Le chemin quitte tout de suite la route et commence par descendre entre les prés, passe devant notre lavoir (enfin « notre » est un bien grand mot, en vrai c’est celui qui était utilisé par les habitants du hameau à l’époque !) puis rejoint la forêt. Là, on est restés sur la route forestière qui doit faire environ 3 km et qui mène au village. Un parcours agréable et hyper tranquille.

En tout, nous avons mis 1h30 pour faire cette première partie qui fait un peu plus de 4 km. Nous avons donc pris notre temps, mais nous en avons aussi profité pour ramasser des bâtons, pour essayer de reconnaître les différentes essences d’arbres de la forêt, et surtout nous avons récupéré tous les déchets qui se trouvaient sur notre chemin ! Comme il est malheureusement impossible de se promener sans tomber sur des tas de déchets qui n’ont rien à faire dans la nature, nous emportons maintenant un sac poubelle avec nous… C’est un petit geste tout simple, mais qui nous permet de participer à notre niveau au respect de l’environnement, et les enfants y sont particulièrement sensibles. Belette est d’ailleurs notre « œil de lynx » en chef et repère de loin toutes les merdouilles qui jonchent les fossés.

En arrivant au village, nous avons fait une bonne pause à l’ombre sur un petit coin d’herbe. Les enfants n’étaient même pas si fatigués que ça, puisque juste après avoir englouti leur goûter ils n’ont pas manqué de se courser entre les arbres ! Nous avons ensuite poursuivi notre chemin, cette fois en traversant le village puis en empruntant la route qui remonte jusqu’à chez nous, la même que pour rentrer de l’école. En voiture nous en avons pour 5 mn, à pied nous avons mis un peu plus d’une heure. Et à part dans le village, nous n’avons pas croisé une seule voiture ! Seulement un tracteur et un camion agricole, sur la première partie du trajet. Ça c’est plutôt chouette !

En tout, nous avons parcouru un peu plus de 8 km et notre escapade a duré tout juste trois heures, pause comprise, en comptant plusieurs petits arrêts : pour ramasser les ordures mais aussi pour regarder les vaches, pour écouter un âne, puis un coq, admirer un papillon, scruter un pauvre blaireau mort sur le bord de la route, et répondre aux 36 questions qui sortent continuellement de la bouche de mes deux petits curieux !

Les enfants n’ont pas râlé une seule fois, même si sur la fin Belette a commencé à avoir un peu mal aux pieds. Nous avons passé un très bon moment tous les trois, et en rentrant il restait même assez d’énergie aux enfants pour courir dans le jardin, sauter sur le trampoline et faire du bruit comme s’ils étaient 15 !

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Pour finir, un petit point sur les déchets :
Nous avons fait de notre mieux, mais nous avons du nous résoudre à laisser dans la nature un pneu, un sac poubelle trop encombrant et trop lourd pour être transporté tel quel pendant toute notre promenade, et une bouteille en verre enfouie sous un tas de ronces… C’est assez déprimant de voir tout ce que l’on peut trouver sur un trajet relativement court. C’est tout aussi exaspérant de constater que les endroits les plus sales étaient les parties de la forêt où sont réalisées les coupes d’arbres (le mythe du bûcheron soucieux de l’environnement s’effondre !), mais aussi certains passages du village (la ruelle qui monte de l’église jusqu’à la route était particulièrement crade, pour ceux qui connaissent !).

Le temps qui passe

Le temps qui passe

Le temps passe et on ne se souvient pas de tout. Ce qui nous paraît important aujourd’hui sera sans doute oublié demain, et nos souvenirs seront au contraire faits de toutes petites choses.

Le temps passe et de notre enfance il ne reste que quelques bribes. Notre mémoire est taquine, et peine parfois à conserver les grands événements, les dates importantes, les premières fois. Au contraire, certains détails qui paraissent futiles ne s’effacent pas. C’est même eux, parfois, qui composent l’essentiel de nos souvenirs.

J’aime beaucoup cette idée que ce sont les petits riens qui comptent. Peut-être qu’ ils n’étaient pas si futiles que ça, alors, ces petits riens. Peut-être que finalement ce sont eux qui définissent le mieux ce qu’on a ressenti, ce qu’on a aimé, ce qui nous a fait grandir.

Et puis c’est joli, un peu poétique même, de s’attacher à des détails. C’est aussi ce qui rend nos souvenirs uniques. Ce qui fait qu’on ne retient pas tous la même chose d’un événement commun, qu’on a tous notre propre façon de se rappeler des situations, des moments, des personnes. Notre mémoire est sélective.

Ainsi, je ne me rappelle plus la voix de ma grand-mère, mais je me souviens parfaitement de l’odeur de ses mains. Elles sentaient le propre et l’eau de javel. Dans sa cuisine, ça sentait souvent l’huile d’olive chaude. Alors aujourd’hui encore, c’est une odeur que j’aime bien. Je me souviens aussi que chez elle, le matin on entendait des tourterelles. Ce n’est pas original pour un sou, mais comme depuis chez moi je n’en entendais pas, ma mémoire a associé les tourterelles, mes grands parents, et leur maison aux volets verts. Maintenant que j’ai aussi une maison d’où l’on entend des tourterelles, j’y repense régulièrement. Les tourterelles, c’est la fenêtre de la petite chambre du haut ouverte sur un matin encore frais, le grillage du jardin et la pente grise qui descendait vers le garage.

Au moment où j’ai appris que cette grand-mère n’était plus, j’écoutais un album de Ben Harper. C’était il y a une douzaine d’années. J’ai oublié la date, mais pas la musique, ni le moment de la journée, ni le soleil qui brillait à la sortie de l’église, quelques jours plus tard. La vie a fait que depuis, je n’ai plus trop écouté Ben Harper, mais il est toujours resté associé à ce moment triste. N’importe quelle mélodie de Ben me fait penser à ma grand-mère. C’est comme ça.
Et puis il y a des coïncidences, des hasards qui interpellent.
Mercredi dernier, après le petit dèj, il y a eu une interview de Ben Harper à la radio. Un truc qui n’arrive pas tous les jours. J’ai écouté d’une oreille en finissant de ranger la cuisine, et j’ai repensé au jour où ma grand-mère s’est éteinte. J’ai pensé aussi à mon autre grand-mère, à l’hôpital depuis quelques semaines et plus vraiment en forme. Quelques heures plus tard, j’ai appris qu’elle aussi était partie. C’est étrange, les coïncidences.

De cette deuxième grand-mère aussi, j’ai la tête pleine de souvenirs. Des détails. Des gâteaux aux pommes cuits à la poêle, des verres à moutarde avec des personnages de dessins animés, des stylos à bille qui peuvent se gommer, très pratiques pour les mots croisés. Je me souviens aussi qu’une fois elle m’avait gardée plusieurs jours alors que mes parents étaient absents, et que j’avais une poésie à apprendre. Je devais être en ce2 ou en cm1. Je ne me rappelle ni du titre, ni de l’auteur, mais je suis certaine qu’elle parlait d’une tortue. Ma grand-mère m’avait conseillé de la relire une dernière fois avant de me coucher, parce que la nuit aide à retenir. Et elle avait vu juste : le lendemain j’ai eu 10/10 ! Mes enfants profitent eux aussi de cette méthode, et chaque fois je repense à cette petite tortue.
De sa maison je n’ai conservé ni son ni odeur, mais de cette grand-mère j’ai retenu des mots. Je pense à elle quand j’entends le mot « biner », parce qu’elle me racontait souvent ce qu’elle avait fait, ou ce qu’elle allait faire dans le jardin. Il y a aussi « buanderie », « champion » comme dans « Questions pour un champion », et puis « chorale ». C’est drôle la mémoire.

Mes souvenirs plus récents sont aussi faits de petits détails. Parfois au détriment de ce qui pour d’autres serait capital. Par exemple, je suis incapable de me rappeler du prix exact de notre maison, mais je revois très bien Poussin jouer avec un tuyau d’arrosage jaune pendant que l’on parlait avec l’ancien propriétaire. Je ne sais plus très bien à quel âge petite Belette a commencé à ramper, mais je sais qu’en juillet 2013 elle dévorait les tomates cerises par douzaines. Et qu’elle se hissait hors de sa poussette pour nous montrer les moutons.
Je ne sais plus si j’ai pleuré en apprenant que j’allais devenir maman, mais je suis certaine d’avoir pris bu un Perrier en terrasse la veille, à Clisson. Il faisait bon et c’était un jour férié. Je ne sais pas non plus si mes enfants ont pleuré quand ils sont nés… (je suppose que oui, au moins un peu !) mais je n’oublierai jamais leur odeur, leur douceur, leurs regards.

Je crois d’ailleurs leur avoir transmis ce goût pour les détails et les souvenirs originaux. Les enfants se souviennent parfois de trucs totalement incongrus ! Les vêtements que je ne sais qui portait au spectacle de Noël d’il y a deux ans,  le dessert chez leur arrière-grand-mère en 2015, ou la raison du retard de train de son papa le jour où j’ai renversé toute une casserole de coquillettes par terre (un grand moment !)…
Pour eux aussi le temps passera, et comme moi ils oublieront des noms, des visages, des dates… mais garderont en mémoire les anecdotes les plus insignifiantes, l’odeur de la bibliothèque, la couleur d’un cahier, la petite pierre en forme de poisson dans la cuisine de Papi et Mamie, la boîte aux lettres dont la serrure s’est coincée…

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