Archives du mot-clef apprentissage

Les livres pour enfants, JF Copé et l’idéologie marxiste

Les livres pour enfants, JF Copé et l’idéologie marxiste

Ça ne vous aura pas échappé, Jean-François Copé a des goûts très arrêtés en ce qui concerne la littérature jeunesse, et il n’hésite pas à faire un amalgame de tout et n’importe quoi. Surtout de n’importe quoi… notamment en mettant en avant des affirmations farfelues et fausses… Je ne vais pas revenir ici sur la polémique Tous à poil de la semaine dernière, d’autres l’ont fait beaucoup mieux que moi (voir la page Facebook de Claude Ponti par exemple). Ce qui m’ennuie un peu, c’est que JF Copé en remet une couche cette semaine, dans une vidéo visible par ici :

    Libération : Pour Copé, «Tous à poil !» est une «production idéologique» marxiste

Bon, déjà le côté « Jean-François et son fan club de vieilles bigotes » ça m’a bien fait rire. Je ne sais pas si c’est voulu, mais d’emblée on est en plein dans le cliché : entre la brochette de rombières avec les brushings et les vêtements bien mis, les acquiescements, la pudibonderie et la bonne vieille haine du « Rouge », tout y est ! Quant aux remarques de Copé sur l’idéologie marxiste, premièrement j’avoue que personnellement le lien entre Tous à poil  et le communisme ne m’avait pas vraiment sauté aux yeux ; et deuxièmement il s’agit encore une fois d’une exagération qui frise le ridicule. Et qui est même en plein dedans. Après le complot socialiste qui inciterait à la pédophilie et à la sexualité infantile débridée, voilà qu’on nous brandit le chiffon rouge (forcément, si c’est coco c’est rouge !) du marxisme… Magnifique !

Je rigole, mais en vrai cette vidéo je la trouve navrante. Elle illustre parfaitement le gouffre qu’il y a entre ce que pense Copé, et ce que je pense moi. Et décidément, lui et moi on n’aborde pas les choses de la même façon. Je m’en doutais depuis un moment, ceci dit ! Enfin là quand même, je vais essayer de vous expliquer pourquoi je ne pourrais jamais être d’accord avec lui.

En parlant du titre Tous à poil, Copé commence par dire un truc du genre : « La formule , pour les enfants, c’est pas ce qu’il y a de plus littéraire ». Au contraire, moi ça ne me choque pas. A mon sens, apprendre à parler aux enfants, c’est effectivement leur apprendre à s’exprimer correctement, mais également à manier différents niveaux de langage. Poussin a 4 ans et il sait déjà que certains mots ont un synonyme en argot. Il sait aussi que parfois, pour rigoler, on peut parler argot à la maison. Pas en disant des gros mots, mais en utilisant un langage familier. Entre nous on a le droit de dire chicots, claquos, au pieu, godasses et quelques autres expressions rigolotes. Du moment que les enfants connaissent l’équivalent en langage courant, ça ne me pose pas de problème. On s’amuse même parfois à lister tous les mots qu’on connait pour dire « chaussures », ou « caca » (oui, en plus on fait dans le scato, décidément on cumule !). Poussin sait très bien qu’on ne peut pas parler l’argot à l’école ou avec les gens qu’on ne connait pas. Les enfants ne sont pas idiots et très tôt ils savent ce qui relève du familier, ce qu’on peut dire ou faire à la maison mais pas ailleurs. Que ce soit pour les comportements ou pour les mots. Ce qui est chouette avec le langage familier, c’est que ça fait rire les enfants, et développer leur vocabulaire devient alors un jeu. Si parfois on a le droit de rigoler et de dire « à poil » à la maison, alors on aura peut-être moins envie de le dire dans un contexte inapproprié. Chez nous, ça nous arrive d’ailleurs fréquemment, d’appeler les enfants pour la douche en lançant un joyeux « allez, à poil les gosses ! ». Ça n’empêche pas mon fils d’avoir un super vocabulaire, et nous n’avons jamais eu aucune remarque de la part de l’école. Des remarques sur son vocabulaire riche et varié oui, mais jamais la maîtresse ne l’a repris pour des gros mots. Et nous ne sommes pas une famille de gros beaufs vulgaires, non non non  !

Déshabiller des personnalités qui « incarnent l’autorité », ça défrise M. Copé. Moi, absolument pas ! Je crois que ce monsieur et moi, nous n’avons pas du tout la même vision de ce qu’est l’autorité. J’apprends à mes enfants à respecter les règles édictées par la maîtresse, le policier, le maire etc, non pas parce qu’ils seraient supérieurs, mais parce qu’on les a désignés comme garants de l’ordre, ou de la sécurité, ou de je ne sais quoi d’autre. Si mon fils doit écouter la maîtresse, c’est parce qu’elle a été jugée capable de  s’occuper des enfants. Parce qu’elle a plus d’expérience que lui, qu’elle peut lui apprendre des trucs, qu’elle sait ce qui est dangereux ou non. Le policier, on doit l’écouter parce que son travail c’est de s’assurer que les règles communes sont respectées. Bref, vous voyez l’idée. A partir de là, il me semble important d’apprendre à mes enfants que ces gens-là sont aussi des hommes et des femmes comme tout le monde. La maîtresse n’est pas seulement maîtresse, c’est avant-tout une femme dont le métier est de transmettre des savoirs aux enfants. Elle a une vie en dehors de ce rôle, un mari, un enfant, des loisirs. Dans sa maison c’est comme nous, elle prépare à manger, elle prend sa douche, elle va aux toilettes, et peut-être que l’été elle va se baigner toute nue dans la mer. C’est pareil pour le maire, pour le policier et pour la dame de la cantine. Montrer tous ces personnages-là dans une situation normale (ou cocasse, parce qu’effectivement se baigner tous ensemble à poil c’est pas forcément un truc qui arrive souvent) c’est montrer qu’on est tous différents et tous égaux. Ce n’est pas saper l’autorité ! Ça n’empêche pas de respecter ces personnes.

Si je veux que mes enfants respectent la maîtresse ou le policier, c’est parce que ce sont des êtres humains, peu importe leur métier. Et peu importe leur uniforme. Si je m’arrête à la demande d’un gendarme et que je lui montre mes papiers, c’est parce que son rôle est de s’assurer de l’ordre public, et que je lui reconnais cette fonction. C’est une histoire de société et d’organisation de la vie ensemble. Pour moi c’est important que mes enfants comprennent ça. Je veux leur apprendre à respecter l’autre en temps que personne, et en parallèle je veux qu’il sachent comment fonctionne la vie en société. Mais en aucun cas je veux qu’ils obéissent aveuglément à un quelqu’un sous prétexte que cette personne porterait un costume particulier !

Quand JF Copé sous-entend que l’autorité c’est sacré, je ne suis évidemment pas d’accord. Je suis peut-être une dangereuse bolchevique, mais j’espère que mes enfants auront assez d’esprit critique pour savoir à qui et à quoi ils doivent obéir ! Il n’est pas question de leur apprendre à n’en faire qu’à leur tête, mais de leur faire comprendre que l’autorité est avant-tout une question de confiance. Je respecte les lois parce que j’ai confiance en la démocratie, et que j’adhère au pacte social, c’est aussi simple que ça.  En leur lisant des livres où les personnages sont humains avant d’être PDG ou député, je compte bien leur faire comprendre que nous avons tous notre mot à dire, et qu’il nous appartient à tous de faire bouger les lignes en cas de désaccord. Quand, en plus, ces livres les font rire, c’est encore mieux !

 

Et sinon, il est où Charlie ?!

Et sinon, il est où Charlie ?!

Petits pas pour devenir grand

Petits pas pour devenir grand

Indubitablement, mon petit Poussin devient un grand. Enfin non, il devient un petit garçon, plutôt. Ca n’a l’air de rien, mais un petit garçon c’est tellement différent du bébé tout chevelu qui est sorti de mon ventre il y a à peine 2 ans et demi ! Il a toujours une bouille à bisous, un petit ventre tout doux, un cou tout tiède que je ne me lasserai jamais de respirer… mais il faut se rendre à l’évidence, chaque jour il quitte un peu plus l’univers des bébés.

Je reste médusée devant la vitesse à laquelle l’autonomie s’acquiert entre 2 ans et 2 ans 1/2 (je schématise, parce que forcément il peut y avoir des variations !). Le langage, les gestes du quotidien, la propreté, la motricité… c’est incroyable tout ce qui évolue pendant cette période. Papas-des-Champs et moi-même sommes souvent abasourdis de découvrir toutes ces nouveautés que maîtrise dorénavant notre Poussin, alors que la semaine d’avant il en paraissait tellement loin.

Cette autonomie naissante, en plus d’être fascinante pour les parents, est souvent pratique. Un enfant qui sait mettre ses chaussures seul avant de partir se promener, ou qui nous aide à mettre la table, ça facilite le quotidien. Très souvent mon Poussin m’a sauvé la vie (rien que ça !) en allant me chercher une couche propre pour sa petite soeur, ou un mouchoir lorsqu’elle me régurgitait allègrement dans le décolleté ! J’apprécie aussi énormément de pouvoir discuter avec mon fils. Se promener en décrivant ce qui nous entoure, se souvenir ensemble des histoires qu’on a lues, parler de ce qu’on fera demain, de ce qui nous a fait rire la veille, c’est tout simplement excellent !

Pour que cette autonomie puisse se développer, il faut laisser faire, laisser essayer, et bien sûr laisser le droit à l’erreur. Parce qu’avant de savoir faire, il faut s’entraîner. Dit comme cela, ça paraît logique et naturel. Et pourtant dans la vraie vie ça ne l’est pas toujours. Nous manquons souvent de temps, nous n’aimons pas repasser derrière, et finalement ça peut être difficile de laisser un enfant faire seul. En devenant parent et en voyant mon fil grandir, j’ai compris que c’était nécessaire. Tant pis pour les tâches et les miettes ! J’allais écrire « tant pis pour le temps perdu » avant de me reprendre. Car non, ce n’est pas du temps perdu ! C’est le temps de l’apprentissage, c’est tout ! Il est parfois long, oui, mais en aucun cas il n’est perdu.

Il y a bien sûr des expériences à recadrer…« Non mon coeur, tu peux pas aider Papa à faire des découpes à la scie à onglet »… Mais on essaye vraiment d’aider notre petit garçon à devenir un peu plus grand.

-Même s’il fout de l’eau partout en se rinçant… (« Mais vise le fond, avec la poire de douche ! »)…

-S’il fait couler 10 litres d’eau pour nettoyer sa brosse à dents…(« Tu sais chaton, ça abîme la planète... »)…

-S’il faut acheter des chaussures à scratch (mais jolies quand même !) pour qu’il puisse les mettre tout seul…

-Même s’il pleut des céréales quand il décide de se servir seul…

-Même si on aurait le temps de prendre trois douches pendant qu’il enfile son pyjama…

-S’il écrase les biscottes en voulant les beurrer…

-Si sa couette fait plein de vagues sur son lit qui est censé être fait…

-Si ses piles de vêtements tanguent un peu dans les tiroirs de sa commode…Que ses mains propres sentent encore un peu le munster…Que ses cheveux gardent un petit épis… Et qu’il y a plus de miettes sur le sol que dans sa main quand il débarrasse…

Quelques petits ratés pour tellement de réussites, c’est si encourageant ! Chaque jour il progresse, il est fier de lui, et nous aussi ! Et on se dit que ça grandit décidément bien vite, ces petites bêtes là ! Alors on savoure, pendant qu’il est encore temps, les petits bisous sur son ventre tout doux, sa petite main dans la notre quand on se promène ;  et on entre à pas de loup dans sa chambre pour le regarder dormir, son doudou collé sur le nez.

Ce matin, c’était du pain grillé !