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Chez eux

Chez eux

Evidemment, depuis leurs naissances, la physionomie de notre intérieur a évolué. Notre ancien appartement était rempli de leurs affaires, et notre maison actuelle l’est encore plus ! Il y a leurs chambres, bien sûr, qui sont pleines de leurs jouets, de leurs meubles et de leurs vêtements. Il y aussi les pièces de vie qui sont marquées de leurs présences : un séchoir à linge croulant sous les mini chaussettes et les petits pantalons, deux chaises évolutives un peu mietteuses, des paniers à jouets de bain accrochés dans la douche, des chaussures pas très grandes qui jonchent les étagères de l’entrée…  Et puis il y a tout le reste. Disséminé un peu partout, posé au petit bonheur la chance, comme pour marquer leur territoire.

Des trucs et des bidules qui ne sont pas vraiment à leur place mais qui font tellement partie du quotidien qu’on finit par les tolérer là où ils sont posés. Des petits riens qui montrent que des enfants vivent ici. Pas comme dans une maison de catalogue, qui pour se donner des airs de maison familiale se pare de quelques gobelets colorés sur les étagères et d’un jouet posé sur le canapé façon faussement-négligée. Non, chez nous c’est un peu moins lisse. Le « ça n’a rien à faire là » est carrément, foutrement et complètement négligé. Ca me chagrinait encore un peu il y a un an, même si je commençais à m’y faire (c’était là, et l’article a d’ailleurs été publié dans le n°40 de Grandir Autrement. Hiiii).  Aujourd’hui, je suis beaucoup plus à l’aise avec ce qui traîne. Les enfants remplissent notre maison et c’est tant mieux.

Dans tous les coins ou presque, il y a des dessins. Un très joli dessin d’ours bleu et jaune déposé sur le buffet au retour de l’école, un château de princesse violet aimanté sur le frigo, quelques dessins de bonhommes à l’arrache dans le petit panier au-dessus du micro-ondes, une feuilles remplie d’autocollants au milieu de la table basse depuis plusieurs jours… Belette ayant un sens artistique très développé, les animaux de la ferme y côtoient sapins et lutins de noël ! Dans la bibliothèque du salon, l’appareil photo de Poussin, rangé en hauteur pour ne pas que sa soeur y touche. Quelques rayonnages plus loin, c’est une construction légo qui est placée hors de portée de Belette… Dans un recoin, le tableau double face (dernier ouvrage de Papa-des-Champs) dont la tablette est pleine de craies, lettres magnétiques et feutres en fin de vie. Au sol, une craie que je m’empresse de ramasser avant que quelqu’un ne marche dessus.

Il y aura bientôt plus d'objets insolites que de livres...

Il y aura bientôt plus d’objets insolites que de livres…

Dans l’entrée, une sacoche d’ordinateur portable prend la poussière depuis la semaine dernière. Un panier à merdouilles, contenant gants de bricolage, outils, papier de verre et morceaux de bois, est ingénieusement placé hors de portée des enfants et attend d’être rangé depuis des mois… Ah mais non pardon, ce bazar-là n’est pas du aux enfants ! Je m’égare :-)

Dans le couloir, des voitures-animaux impeccablement garées. Ou pas. Un peu plus loin, se trouve la bibliothèque pour enfants que nous avons aménagée récemment. En complément des livres que chacun a dans sa chambre, parce que la place commençait à manquer mais aussi parce que j’aime bien le principe de bibliothèque commune. Devant les livres, un cavalier en plastique qui a perdu son cheval. En bas, un camion de pompiers prêt à intervenir. On ne sait jamais, il vaut mieux être prévoyant ! Au fond du couloir, sur le petit meuble en rotin déjà présent dans ma chambre d’ado, une collection de marrons et de glands. Les plus récents ont été ramassés sur la pelouse devant la maison médicale, ceux qui commencent à flétrir viennent du petit square derrière la cathédrale de Nantes. Ils nous servent à cuisiner pour de faux, et à compter pour de vrai.

Le tour de France des marrons (certains collectionnent bien les petites cuillères ou les dés...) !

Le tour de France des marrons (certains collectionnent bien les petites cuillères ou les dés…) !

Dans la salle de bain, il y a bien sûr les affaires de toilettes de toute la famille, mais pas seulement. En plus des panier à jouets, nous retrouvons quelques playmobils égarés sur le sol de la douche. Parfois, un bébé trône sur son petit pot en plastique, juste à côté de celui que Belette n’utilise jamais. Parfois c’est carrément Kiki qui est au fond du pot de Belette… Heureusement qu’elle n’y va pas et qu’à part un peu de poussière on n’y trouve rien de salissant ! Dans notre chambre, des dessins sur les tables de nuits, des collages de Noël et des cartes d’anniversaire avec des petites empruntes de mains. Souvent, on y trouve aussi des tasses et des aliments de dînette, parce que le week-end les enfants aiment bien faire semblant de nous apporter le petit déjeuner au lit. Grâce à cet entraînement et avec un peu de chance, dans 10 ans ils sauront utiliser la cafetière et pédaler jusqu’au village pour aller chercher des croissants ! Pour l’instant il faut se contenter de carottes en plastique, de pain de mie en tissus et de minuscules tasses roses, mais c’est l’intention qui compte.

Alors oui parfois le désordre m’agace et j’aime faire place nette. Mais j’essaye toujours de me souvenir que pour eux ce n’est pas du bazar. Que si la voiture verte traîne derrière la poubelle c’est parce qu’elle est garée-là, et qu’en fait pour eux la poubelle c’est un magasin (parce que la sur-consommation c’est sale et ça pue, certainement !). Que si , sur chaque chaise de la cuisine, un doudou est mignonnement installé, c’est parce que Belette est en train de lui préparer à manger et que ce sera bientôt cuit. A chaque instant, j’essaie de ne pas oublier qu’ici c’est chez moi et que je fais ce que je veux, mais surtout que c’est aussi chez eux !

Non mais là y’en a partout…

Non mais là y’en a partout…

Je n’aime pas le bazar, le fouillis, le bordel, les trucs qui traînent, les papiers qui s’entassent, ce qui n’est pas à sa place et ce qui n’a rien à faire là !

C’est comme ça. C’est génétique certainement, c’est maladif sans doute, c’est névrotique ou tout ce qu’on veut, mais c’est comme ça ! Quand ça traîne chez les autres, c’est pas grave. Parfois ça a même du charme. Mais chez moi, non. Chez moi, quand ça traîne et que ça dépasse, ça fait moche et négligé. J’avais pourtant pensé que dans une maison de campagne ce serait différent, parce que le négligé au milieu des vieilles pierres, ça fait chaleureux et vivant. Mais en fait non. En tout cas pas dans ma maison. C’est pas grave, j’en ai pris mon parti, j’assume et je range. Et je râle après ceux qui ne rangent pas, ou qui rangent mal. Normal !

Avant d’avoir des enfants, comme tout le monde j’étais naïve. Je savais qu’un bébé ça changerait tout, que rien ne serait plus comme avant, etc etc… mais finalement ce n’étaient que des mots. Je n’avais absolument pas conscience de ce qui se cachait derrière. En clair, j’avais plein de jolis principes et je me permettais même de critiquer les méthodes ou les attitudes de certains parents (je le fais encore, sauf que maintenant j’ai le droit et que je suis un peu plus indulgente…!). Par exemple, je ne comprenais pas pourquoi un salon pouvait encore ressembler à un champs de bataille alors même que les enfants étaient couchés depuis longtemps ! Bien sûr pas chez les familles qui vivent dans peu d’espace et où il n’y a pas tellement de possibilités pour ranger les jouets. Encore que, Ikéa fait de super caisses en plastique.. Mais quand il s’agissait d’un appartement ou d’une maison avec assez de chambres, je ne comprenais pas pourquoi tout n’était pas rangé une fois le moment des jeux terminé. Bon, ça ne m’a jamais empêchée de dormir, mais honnêtement j’admets avoir pensé que ces gens étaient des feignasses, parce que c’est quand même pas compliqué de ramasser trois jouets !

Puis Poussin est né.

Les premières semaines, il y avait des moments où notre appart ressemblait à une ville dévastée par un tsunami. Après les bains, après les changes avec jets de pipi (sur maman, sur le matelas à langer et sur le parquet), quand je devais interrompre la préparation d’un plat ou un lavage de salle de bain pour répondre aux besoins urgents de ce petit truc chevelu qui hurlait comme une mouette malade… Mais le soir, tout était rangé ! J’étais éreintée, sur les nerfs, en larmes et pleine de cernes, mais si quelqu’un était venu à l’improviste il aurait trouvé un foyer propre et parfaitement ordonné. On l’aura compris, avec le recul je pense que j’ai été bien nouille, et qu’au lieu de jouer à Caroline Ingalls j’aurais du profiter des rares siestes de mon bébé pour dormir aussi ! Quoi qu’il en soit, sur le coup je pensais que « oui, c’est chaud mais ah ah ah, la maison nickel avec un bébé, c’est possible ! J’suis pas une feignasse moi, j’assure ». Oui, je suis à tarter, parfois…

Ensuite les choses se sont régulées, j’étais beaucoup moins fatiguée et mon bébé a grandi. La journée, j’installais souvent son petit tapis dans le salon plutôt que dans sa chambre, et j’y apportais une partie de ses jouets. Le soir, tout était rangé. Le tapis bien plié dans un coin de sa chambre, les jouets dans le coffre, et le salon retrouvait son aspect normal. En 15 minutes à peine, finie l’aire de jeux, retour au salon d’adultes avec chaque chose à sa place. Facile ! Les mois passaient, et je trouvais toujours que vraiment, ceux qui ont un salon plein de jouets et rempli de trucs qui traînent, c’est parce qu’ils le veulent bien. Et puis ils n’ont qu’à apprendre à leurs gosses à ranger ! Mouais…

Bizarrement, je suis devenue beaucoup plus indulgente et tolérante quand mon fils a été capable de passer d’une pièce à l’autre en y transportant des objets… Ce qui correspond à peu près à l’apprentissage de la marche. D’un coup, il a eu les mains libres pendant ses déplacements, et il en a profité ! Il en a profité pour semer tout un tas d’objets partout dans la maison, le bougre ! Ses jouets n’ont plus simplement fait le déplacement chambre-salon, mais ils se sont aussi retrouvés dans la salle de bain, sous les meubles de la cuisine, derrière le panier du chat, sur  notre lit… Le Poussin étant grand, il a très vite su ouvrir les portes, ce qui lui facilitait grandement la tâche pour répandre son bazar et changer nos affaires de place ! Au début je rangeais encore, le soir, en me contorsionnant pour aller rechercher une pince à cheveux sous le canapé, en faisant trois fois le tour de l’appart pour retrouver un marque-page… On faisait un petit tas avec ses jouets, tout bien mis dans un coin, pour pouvoir vite tout ranger le lendemain matin. A partir de là, j’ai commencé à trouver des excuses aux gens dont l’intérieur est rempli de jouets, et à comprendre qu’en devenant une famille, notre appart allait définitivement changer d’aspect !

Maintenant ça fait partie de mon quotidien, les jouets qui traînent dans le salon et les objets retrouvés dans des endroits insolites. J’essaie encore de faire des petits tas à remettre dans les chambres des enfants le lendemain, mais pas toujours. Je range le linge, la tasse de café que trop souvent je dois abandonner à côté du PC pour aller récupérer une Belette qui a terminé sa sieste, je remets à leur place les bavoirs et je jette les mouchoirs sales, mais souvent je laisse les jouets. Parce que j’ai la flemme, parce que finalement ça m’amuse de voir ce tracteur planqué derrière un fauteuil (parce qu’en fait le fauteuil tout à l’heure c’était une grange !), ces tasses de dînettes posées sur l’égouttoir à vaisselle (et j’imagine le Poussin sur la pointe des pieds qui a du galérer à les hisser !)… Et parce qu’ainsi, le lendemain matin, un petit garçon en pyjama peut reprendre ses jeux là où il les avait laissés.

Bon, ça m’agace quand même de retrouver cette satanée voiture de pompier dans la salle de bain, parce qu’un jour on va vraiment s’étaler en lui marchant dessus la nuit… Si le jardin n’était pas systématiquement parsemé de jouets (et de ces putains de tréteaux vermoulus, Papa-des-Champs si tu me lis !)ce serait sympa aussi. Si je pouvais passer un accord avec mes enfants, je m’arrangerais pour qu’on range ensemble l’essentiel, et qu’en échange ils puissent disséminer un certain pourcentage de jouets dans les pièces communes. Et qu’on épargne la bibliothèque, qui n’est pas un endroit pour poser des cailloux, ni une auberge pour doudous mâchouillés, et encore moins un présentoir à mouchoirs sales (ni à tournevis, Papa-des-Champs !!!).

La maternité m’a rendue moins maniaque et plus tolérante, mais pas complètement détachée ! Ca tombe bien, j’avais pas non plus envie de trop changer ;-)