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La Vie de Marianne, de Marivaux

La Vie de Marianne, de Marivaux

 La Vie de Marianne comptait jusqu’ici dans la liste des classiques que je n’avais pas encore lus. C’était un peu LE bouquin que je devais lire depuis presque 10 ans et qui était toujours remis à plus tard, sans autre raison que mon étourderie. J’étais pourtant certaine que je l’aimerais, puisqu’il plaisait à ma meilleure amie qui en fit son sujet de maîtrise lorsque nous étions étudiantes en lettres modernes.

La Vie de Marianne est donc une oeuvre de Marivaux, essentiellement reconnu pour ses pièces de théâtre, mais qui a également écrit deux romans dont Marianne.

La VieDeMarianne

C’est toujours assez difficile de parler d’un livre sans savoir si mes lecteurs l’ont lu, et donc en faisant attention de ne rien dévoiler du dénouement de l’intrigue, pour le cas où certains auraient envie de le lire. Même si dans le cas présent il ne s’agit pas d’un polar avec un suspens insoutenable, et que nous connaissons parfois la fin d’un grand classique sans l’avoir jamais lu, personnellement je n’aime pas tout connaître d’avance. Ici, le sujet est assez simple pour vous présenter très brièvement le roman dans ses grandes lignes sans dévoiler ses multiples rebondissements. Dès les premières pages, on nous présente le récit qui va suivre comme un manuscrit trouvé dans une maison qui a changé plusieurs fois de propriétaires. Marianne y écrit à la première personne et , en s’adressant à l’une de ses amies, retrace son histoire depuis l’enfance. Je passe rapidement sur l’intérêt d’un récit soit-disant véridique et du procédé qui consiste à faire adhérer le lecteur, sur les éléments d’authenticité mis en place par l’auteur, et sur l’excuse toute trouvée du « si c’est mal écrit j’y peux rien c’est parce que c’est Marianne et qu’elle n’est pas écrivant ».

Marianne nous raconte donc son histoire depuis sa plus tendre enfance, où elle se retrouve orpheline de père et de mère, seule survivante d’une attaque de fiacre dont les occupants n’ont pas été identifiés. La petite fille est apparemment l’enfant de gens de condition, mais rien ne le prouve de manière formelle, et de toute façon elle se retrouve complètement seule. Elle a 2 ou 3 ans, elle est recueillie par un curé de campagne et par sa soeur. Ces gens simples et plein de bonté l’élèvent dans la vertu, le respect et l’amour. Malheureusement, lors d’un voyage à Paris où Marianne accompagne la soeur du curé, cette dernière meurt, suivie de près par son frère resté en province. La jeune Marianne, âgée de 15 ou 16 ans, se retrouve ainsi seule à Paris; qui plus est dans le plus grand dénuement puisque ses logeurs la dépouillent de pas mal de choses appartenant à son amie décédée. Abandonnée de tous, elle ne peut  compter que sur le secours d’un prêtre, qui la présentera à un dévot de sa connaissance. Pour la seconde fois de son existence Marianne est donc soumise à la charité. De nombreuses péripéties vont rapidement venir ajouter leurs lots de malheurs à cette situation de départ déjà difficile. L’histoire d’amour entre Marianne et Valville, jeune homme de haute condition, est en quelque sorte le moteur de l’intrigue. La jeune fille vertueuse et intelligente traversera une alternance d’épisodes tantôt désespérants, tantôt miraculeux. Le roman étant inachevé il nous manque la suite de sa vie, mais il n’empêche que finalement elle a du s’en sortir, puisque lorsqu’elle écrit ses mémoires elle se présente comme Madame la Comtesse.

Ce qui fait tout l’intérêt de ce livre, ce n’est pas tant l’intrigue que le caractère de Marianne. Personnellement, je vous avoue que pendant le premier tiers de ses aventures elle m’a passablement agacée ! Alors bien sûr la distance historique biaise forcément notre jugement, mais n’empêche que je la trouvais pimbêche et prétentieuse. Et puis au fil de son histoire, sa finesse d’esprit m’a touchée. Ce qui est déroutant avec Marianne, c’est que ce côté agaçant, sa retenue, et sa vertu la sauvent. On ne sait jamais vraiment si son innocence est feinte, et c’est précisément un atout pour le livre. Elle incarne, à sa façon, la possibilité pour une femme de prendre en main son destin. Avec les moyens de son époque, certes, mais quand même. Le roman est d’ailleurs tout entier tourné vers les femmes, qui semblent être les véritables preneuses de décisions, alors que les hommes y sont le plus souvent prisonniers de leurs pulsions. En parallèle, Marivaux (comme souvent dans ses pièces de théâtre) met en lumière le déterminisme social et invite à s’interroger sur sa portée. La satire du discours religieux est une fois encore bien présente chez cet auteur et le replace dans le contexte de son époque (18ème siècles, les Lumières, tout ça tout ça !). Bon, l’idée n’est pas de faire ici une analyse littéraire, mais surtout d’évoquer tous les aspects qui m’ont intéressée dans ce roman.

Enfin, ce que j’ai adoré avec La Vie de Marianne, c’est de me replonger dans la langue du 18ème siècle ! D’une part parce que Marivaux écrit magnifiquement et que malgré les siècles son écriture demeure belle, forte et envoûtante. D’autre part parce que j’aime toute cette ambiance de l’époque, les relations très codifiées entre les personnages, leurs moeurs, et qu’on retrouve tout ceci dans le texte. J’aime ce vocabulaire où les femmes se doivent d’avoir de la vertu et des grâces, où l’on est contristé, en pleine affliction, où les femmes s’évanouissent pour un rien et où les personnages peuvent mourir en 3 jours alors que la semaine d’avant tout allait bien. Ca me fait rire tout autant que ça me fascine. C’est ce qui m’a fait choisir la voix de la littérature, et ce qui m’a de fait menée vers l’écriture.

Je sais bien que ce roman n’est pas forcément très accessible aux gens qui lisent peu ou qui ne sont pas du tout familiers de ce type de textes, mais à tout ceux qui en sont curieux je leur conseille de foncer !